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Paris n’a pas toujours été la capitale de la France.
Si elle a hérité du titre en 508 apr. J.-C et 900, elle n’est durablement capitale que depuis le consulat.
Vers 500, Clovis hérite de son père, Childéric, le royaume des Francs saliens. Soucieux de faire prospérer ce territoire, il se lance dans la conquête de nombreux territoires de la Gaule placées sous influence romaine. Afin de devenir l’unique souverain des Francs, il étend dès 508 son royaume du Rhin jusqu’aux Pyrénées.
Il élit domicile à Tournai puis à Soissons, et décide de faire de l’ancienne Lutèce le nouveau centre de son royaume. Il déménage au palais des Thermes sur l’Île-de-la-Cité et y meurt en 511. Paris conservera, dès lors, son statut de capitale du royaume des Francs, bien que tous les successeurs de Clovis n’y ont pas nécessairement séjourné.
La France a donc eu d’autres lieux de Capitale. Lyon (27 av.JC-297), dénommé Lugdunum, a aussi été la capitale des Gaulois. Tournai (avant 486, ville qui se trouve actuellement en Belgique), Soissons (486-900) et Troyes (1419-1425), pendant la guerre de Cent Ans, également.
Tours (1588-1594) a eu également le statut de capitale, en 1588, lorsqu’Henri III se retrouve chassé à l’issue de la Journée des barricades, il installe sa famille et son Conseil à Tours. Versailles (1682-1715) a été capitale parce que le domaine était plus grand : 830 hectares de parc, la galerie des glaces.
Louis XIV prend ses distances avec les Parisiens lorsqu’il vient résider à Versailles. Bordeaux a été la capitale Française pendant un mois (septembre 1914) jusqu’à la victoire de la première bataille de la Marne.
Paris tombe aux mains des Allemands le 14 juin 1940.
La ville reste la capitale officielle du pays, mais c’est à Vichy que l’Etat réside (1940-1944), capitale de la France occupée, alors que Winston Churchill décide que Brazzaville (1940-1943) sera la capitale de la France libre !
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Coupler les capacités épuratoires des plantes au procédé de boues activées
Les plantes tropicales n'en finissent plus d'apporter leur soutien dans les procédés de traitement des eaux usées. Pour preuve, la station installée sur la ville du Lude (72), finalise le traitement de l'azote et du phosphore grâce aux racines qui plongent dans les bassins.
Les plantes tropicales sont connues à tort du grand public pour leurs efficacité d'assainissement de l'air intérieur. Ces aptitudes à filtrer les polluants atmosphériques sont en effet scientifiquement remises en cause. En revanche, ces végétaux sont utilisés pour le traitement des eaux usées avec succès. Si leur utilisation dans les jardins filtrants est désormais bien connue, leur couplage avec des techniques épuratoires classiques est plus récent.
Par exemple, sur la STEP couverte conçue et exploitée par MSE (Veolia Eau) sur la ville du Lude dans la Sarthe (72), les Ficus, Iris, Alocasia, Bambous, etc, sont autant d'espèces végétales qui complètent le procédé classique à boues activées. Le principe : les racines des plantes trempent dans les bassins de traitement de sorte que les bactéries qui s'y fixent finalisent le traitement des polluants de l'eau, notamment l'azote et le phosphore. Objectif : respecter les normes européennes sur les eaux résiduaires urbaines.
Au delà de leurs capacités épuratoires, les plantes sont esthétiques de sorte qu'il devient envisageable, moyennant traitement des odeurs, d'intégrer les stations en villes. Un argument intéressant pour réduire la facture, notamment en évitant la pose de kilomètres de canalisation.
Comment calculer son empreinte carbone, ou autrement dit, son empreinte climat ? Comment savoir si votre consommation est compatible avec un monde soutenable ?
Si vous vous posez la question, c’est déjà que vous avez passé une étape et que vous êtes très certainement soucieux de l’environnement. Félicitations ! Pour vous faciliter le travail, j’ai testé plusieurs calculateurs et fait le choix du ‘meilleur‘. L’objectif est de pouvoir calculer son empreinte carbone en 5 minutes et de connaître rapidement les axes d’amélioration à mener.
Avant propos : définitions et objectifs
Qu’est-ce que l’empreinte carbone ?
L’empreinte carbone est un calcul des émissions de GES associées à la consommation au sens large (demande finale intérieure) d’un pays, quelle que soit l’origine géographique de la production des biens et services destinés à satisfaire cette consommation. Cette approche se distingue de l’inventaire national du bilan carbone, qui mesure les émissions sur le territoire (appelée approche territoriale).
Le gouvernement donne cette définition : « L’inventaire des gaz à effet de serre (GES) d’un pays donné est un tableau par grands secteurs qui présente les émissions sous une forme simple exploitable par toute personne qui souhaite un panorama objectif. Les inventaires sont réalisés en appliquant les principes méthodologiques définis par le GIEC.«
Objectif : passer de 10 à 2t (maximum !) CO2eq/ an
Si vous découvrez seulement ce chiffre, vous risquez d’être secoué : il va falloir en moyenne diviser par 5 vos émissions ! En d’autres termes, diviser votre confort énergétique par 5. Citons la stratégie nationale bas carbone, page 43 :
Rapportée à l’habitant, en 2015, l’empreinte carbone des Français est légèrement supérieure à celle de 1995 : 11 tonnes de CO2eq par personne. En termes d’évolution, l’empreinte carbone des importations a augmenté de 2 % par an en moyenne lors des 5 dernières années, et les émissions
du territoire métropolitain ont baissé de 2,5 % par an. Or, pour limiter l’augmentation des températures à + 2 °C, il faut viser dès les prochaines décennies une empreinte carbone à l’échelle mondiale de 2 tonnes de CO2eq par personne.
PREMIÈRE PARTIE
SERMENT ET RÈGLEMENT DES CONFLITS
AU HAUT MOYEN ÂGE
DEUXIÈME PARTIE
LE SERMENT DES COMMUNES
ET DES CHEVALIERS
TROISIÈME PARTIE
LE SERMENT, LE SACRÉ ET LA ROYAUTÉ
QUATRIÈME PARTIE
LE SERMENT À L’AUBE DE LA MODERNITÉ
Cet ouvrage, placé sous la responsabilité éditoriale de Martin Aurell reprend les actes d’un colloque qui s’est tenu les 21 et 22 octobre 2016 à l’université de Poitiers, sous la direction de M. Aurell, de Jaume Aurell et de Montserrat Herrero. La rencontre, qui avait déjà pour titre « le sacré et la parole : le serment au Moyen Âge » était elle-même le fruit d’une collaboration académique entre le Centre d’ études supérieures et de civilisation médiévale de l’Université de Poitiers, en la personne de M. Aurell et l’Institut pour la culture et la société de l’Université de Navarre, où enseignent J. Aurell et M. Herrero.
2Les travaux regroupés ici s’inscrivent dans un contexte historiographique porteur pour la question du serment. En effet, depuis les synthèses proposées respectivement par Raymond Verdier en 1991 (Le serment, I : Signes et fonctions ; II : Théories et devenir, Paris, Éditions du CNRS, 1991) et Paolo Prodi en 1992 (Il sacramento del potere :il giuramento politico nella storia costituzonale dell’Occidente, Bologne, Il Mulino [Annali dell’Istituto storico italo germanico. Monografia, 15], 1992), le sujet a fait l’objet d’études historiques nombreuses. Parmi celles-ci, beaucoup ont choisi de se concentrer spécialement sur la période médiévale. La parole jurée y fut en effet largement répandue au sein de la société, au point de lui être quasiment coextensive, tout en concourant à modeler et renforcer le pouvoir politique.
3Il est dès lors légitime de se demander en quoi le présent ouvrage se singularise au sein de cette production abondante. Il y parvient à un double titre. D’une part, en affirmant un louable souci de pluridisciplinarité noué autour d’une triple approche littéraire (Marjolaine Raguin-Barthelmebs « Remarques sur le serment et l’engagement personnel dans les chansons de croisade lyriques françaises et occitanes », p. 169-191), iconographique (Juliette Thibault « Serment chevaleresque et serment amoureux dans les enluminures des manuscrits de la Vulgate arthurienne », p. 131-166 ; Matteo Ferrari, « Jurer la paix, conjurer la trahison. L’image du serment dans l’iconographie politique communale [Brescia 1298-1308] », p. 93-129) et historique. D’autre part, les auteurs ont souhaité que leur livre assume un ambitieux champ spatial (monde germanique, Angleterre, Espagne, Italie, France) et chronologique, allant de la fin de l’empire romain et du tout début de l’époque franque (Christophe Camby, « Le serment dans la société franque. Innovation germanique ou continuité romaine ? », p. 17-32) à la période moderne avec Machiavel et la réflexion des grands penseurs jus-naturalistes (António Bento, « Machiavelli’s Treatment of Congiure and the Modern Oath », p. 267-297).
4L’affirmation d’une visée aussi large pour une problématique aussi riche encourt inévitablement un risque : celui d’une certaine dilution de la notion de serment, distendue au long de 11 communications assez hétérogènes et pas toujours pertinentes au regard du sujet à traiter (ainsi J. Thibault reconnaît dans sa conclusion que, en dehors du cas particulier de Galaad, « le serment est très difficilement identifiable dans l’iconographie » arthurienne alors même que les serments sont omniprésents dans la vie courtoise ; l’étude de Charlotte Pichot pour sa part, « Serments, injures et paroles de femmes dans la criminalité du bas Moyen Âge », p. 253-266, est surtout centrée sur la défense de l’honneur féminin et ne touche la parole jurée que de façon marginale). Quant à la structuration de l’ensemble en 4 grandes parties chronologiques (« Serment et règlement des conflits au haut Moyen Âge » ; « Le serment à l’aube de la modernité ») ou thématiques (« Le serment des communes et des chevaliers » ; « Le serment, le sacré et la royauté »), elle obéit plus à un besoin matériel de présentation qu’à une réelle logique démonstrative. C’est sans doute pour prévenir ou corriger ce danger réel de perte de sens que l’ouvrage s’ouvre sur une solide introduction (J. Aurell et M. Herrero), qui fait mieux qu’effleurer le sujet : elle en expose les enjeux avec netteté et fermeté. L’élégante conclusion de M. Aurell synthétise quant à elle certaines des principales avancées de ce travail.
5Notons également que les a. ont fait un choix scientifique important, en optant pour une perspective préférentiellement politique : laissant de côté les aspects religieux et linguistiques du sujet, le serment est avant tout envisagé par référence au « pacte fondateur de la communauté », à une époque où les « conditions culturelles » lui conféraient une réelle performativité (p. 13). C’est d’ailleurs l’un des fils rouges tissés par les éditeurs de l’ouvrage : l’étude de la société médiévale, structurée par la croyance en Dieu et par l’honneur lié à la parole donnée, renvoie par contraste à la solitude de l’homme post-moderne, où des formes dégradées d’attestation ne peuvent garantir une vérité introuvable ni offrir le secours de références fiables. À l’ancienne dynamique juratoire, fondée sur « la correspondance entre les mots prononcés et les actes » (p. 7), l’âge de l’incrédulité, inauguré par Machiavel a substitué des mécanismes de crainte fondés sur la sanction du parjure et l’autorité du souverain (p. 1). Comme le souligne A. Bento poursuivant la lecture de P. Prodi, avec Jean Bodin, le critère décisif pour l’observation du serment n’est plus le respect de la fides mais la poursuite ou la sauvegarde de l’intérêt (individuel ou collectif). Le concept bodinien de souveraineté est ici dépourvu de toute ambiguïté, puisque, comme à l’égard de la loi, il délie le prince de toute contrainte relative à la parole donnée, clairement inscrite désormais dans un rapport de sujétion : il y a celui à qui la fidélité est jurée mais qui est libre de s’en affranchir selon son intérêt et ceux qui la promettent et qui doivent la garder, sous peine de châtiments divers (p. 287-288). Cette évolution trouve dans le Léviathan sa « formulation souveraine », au travers du pactum subjectionis qui se conçoit comme un échange de l’obéissance de chacun contre la protection de l’État. « Le protego ergo obligo est le cogito ergo sum » de l’État (il s’agit là d’une citation de Carl Schmitt, Der Begriff des Politischen : Text von 1932 mit einem Vorwort und drei Corollarien, Berlin, Duncker & Humboldt, 1963, p. 53, faite p. 289 du présent ouvrage).
6D’autre part, et ce point mérite d’être souligné, l’ouvrage met l’accent sur un phénomène dont l’importance a souvent été minorée, au prix d’une relégation dans la catégorie peu reluisante des complots et des putschs : celui des serments collectifs. Au moins trois auteurs (Gerd Althoff, « Conventiculum, Conspiratio, Coniuratio. The Political Power of Sworn Associations in Tenth and Eleventh Century Germany », p. 57-66, Nicholas Vincent « Magna carta, Oath Taking and coniuratio », p. 193-226 et Charles Garcia, « Serments solennels et parole sociale dans les documents de Sahagún [xie-xiiie s.] » p. 69-92) en proposent une relecture stimulante, dans des contextes historiquement et géographiquement variés. Loin de l’image négative renvoyée depuis le concile de Chalcédoine (et son canon 18, qui assimile le serment collectif à un crimen) et relayée par la pensée cléricale (notamment dans le contexte du mouvement communal) les conjurationes sont ici comprises comme des instruments dynamiques de négociation et de structuration du corps politique. G. Althoff montre ainsi que dans l’espace germanique des xe-xie s., les serments collectifs ont pu contraindre le roi à sortir des procédures codifiées de conseil ou de prise de décision dont il avait inévitablement la maîtrise, au profit d’arbitrages plus ouverts et de formes nouvelles de discussions. Étudiant la situation de l’Angleterre sous le règne de Jean sans Terre, N. Vincent s’attache pour sa part à éclairer le rôle mobilisateur de la conjuratio, soulignant à quel point elle fut un outil efficace d’organisation du mouvement baronnial et joua un rôle décisif dans le processus d’élaboration puis de consolidation de la Magna Carta. Quant à C. Garcia, si son étude est moins ambitieuse, puisque circonscrite aux conflits récurrents entre l’abbaye bénédictine de Domnos Sanctos de Sahagún et ses dépendants, paysans et « bourgeois », il n’en souligne pas moins l’importance institutionnelle des serments collectifs : « S’il fallait retenir un élément positif à porter au crédit des soulèvements et des conjurationes, ce serait assurément celui de l’affirmation du concilium (organe politique) au cours du bas Moyen Âge » (p. 90). Il est dommage qu’il n’ait guère développé cette intéressante intuition.
7En dernier lieu, plusieurs des communications insistent à juste titre sur la ductilité de la forme jurée, véritable matrice de légitimité politique. Pour l’époque franque, l’étude de Jinty Nelson (« Carolingian Oaths », p. 33-55), fondée sur les travaux de Matthias Becher (Eid und Herrschaft : Untersuchungen zum Herrscherethos Karls des Grossen, Sigmaringen, Thorbecke [Vorträge und Forschungen. Sonderband, 39], 1993) examine 13 serments bien documentés par les sources, allant de 532 à 877. Pour la fin du Moyen Âge, l’analyse de J. Aurell (« Charles III of Navarre’s Oath and Coronation. The Juridical Implications of Self-Coronations », p. 227-249) souligne le rôle fondamental du serment dans le contexte « pactiste » du royaume de Navarre et en l’absence d’onction sacrée venant singulariser la personne du prince. En contraste avec beaucoup d’autres monarchies européennes, la parole jurée par les rois navarrais lors de leur investiture rappelle que l’objet du serment n’est pas un privilège révocable mais une part essentielle de la constitution du royaume (p. 245). Dans le processus d’accès au pouvoir, il joue un rôle constitutionnel éminent et assume même une fonction constituante si l’on considère qu’il scelle, par sa profération, l’identité et l’existence même du royaume.
8Ainsi, tour à tour vecteur de légitimité, organe de loyauté, outil de négociation ou instrument de révolte, le serment assume un rôle politique exceptionnel dont l’importance tint sans doute à son potentiel de créativité et de mobilisation face à des dispositifs procéduraux encore instables et tâtonnants. C’est l’un des grands mérites de cet ouvrage, que de montrer cette créativité à l’œuvre dans des exemples concrets et souvent significatifs.
9Quelques motifs de déception doivent cependant être signalés au lecteur. D’abord, un travail de relecture insuffisant a laissé subsister des coquilles, des notes non référencées (par ex. p. 206, notes 44 et 45), des fautes d’orthographe en nombre inhabituellement important. Ensuite, il est dommage que sur un sujet de ce type, aucune approche juridique n’ait été convoquée, le serment constituant une catégorie importante du droit médiéval. Enfin, le titre choisi (le sacré et la parole) rend assez mal compte du contenu de l’ouvrage qui aborde peu la question du sacré au bénéfice d’une lecture politique de la parole jurée.
10Malgré ces quelques défauts, l’apport de l’ensemble est incontestable et permet d’éclairer un peu mieux l’un des ressorts les plus puissants des sociétés médiévales.
Le serment consiste en l’énoncé oral et ritualisé d’un texte, qui peut être écrit, et qui est composé d’une ou de plusieurs formules. Celles-ci énoncent les autorités invoquées (Dieu, les saints, les Évangiles), attestent la vérité d’une cause ou d’un témoignage, ou établissent, généralement pour un temps déterminé, les obligations du ou des prestataires. Au Moyen Âge, dans tous les cas, la prestation de serment était codifiée, elle alliait des gestes et des paroles normées, et s’appuyait souvent sur des objets et des écrits. Le parjure amenait la menace de la punition divine sur le pécheur, sans compter les châtiments temporels, notamment dans le contexte judiciaire ; il jetait aussi l’opprobre sur le coupable. Son châtiment relevait de la juridiction ecclésiastique : l’Église développa, aux XIIe et XIIIe siècles, la possibilité d’une intervention ratione peccati dans les affaires où un serment avait été violé (laesio fidei), mais elle démontra également une certaine ambiguïté à l’égard de l’usage du serment, considéré comme invalide s’il était contraire à l’intérêt public et aux bonnes mœurs ou s’il mettait en danger le salut de l’âme ou du corps. Les travaux récents suggèrent même que l’évolution se fit dans le sens d’une sécularisation du serment, que renforçait la place croissante qu’y prirent les notions d’honneur et de bien commun. Subsistent cependant à cet égard des différences chronologiques régionales qui restent encore à explorer. Machiavel salue ainsi le maintien de la vertu politique en Allemagne, où les citoyens versent leur écot en bonne et due forme sur la base du seul serment fiscal. Boccace dépeint, dans le premier livre du Décameron, les agissements du notaire Ciappelletto, qui parvint à multiplier les faux témoignages sous serment, « les serments étant alors considérés en France comme sacrés ». Dans le cas anglais, il fallut attendre la seconde moitié du XVe siècle pour observer un recul de la juridiction des cours ecclésiastiques sur les cas de parjure.
Paolo Prodi a caractérisé la société de la fin du Moyen Âge comme une « société jurée », une expression qui rend compte de l’universalité du serment. Cette appellation reflète notamment l’élasticité du serment comme outil juridique : il pouvait par exemple intervenir à chaque étape importante de la procédure judiciaire, sous la forme d’un affidavit, mais on y avait également recours de manière systématique pour la collecte des informations au cours des enquêtes. Le serment fondait aussi une légitimité : il exprimait les obligations liées à la détention d’une charge publique. Il apparaît donc comme un instrument essentiel dans la création d’un ordre administratif. Vers 1159, Jean de Salisbury écrivait qu’« il y a dans le serment un petit nombre de termes à partir desquels on peut aisément connaître ce qui n’est pas autorisé. Car le contraire du nécessaire est impossible et seules les choses illicites contredisent ce qui convient d’être fait. »
Le serment jouait donc un rôle normatif et pliait l’individu au service de la communauté. Cette dimension est reflétée dans la place que le serment occupe dans les ouvrages de théorie politique, où il apparaît comme le moyen de lier ceux qui exercent des responsabilités d’ordre public à leurs obligations au service du bien commun
Le serment intervenait en outre dans la pratique politique. Le serment du couronnement contribuait à définir « l’office royal », et il permettait de défendre les libertés face aux empiètements des gouvernements. Le nouveau roi recevait quant à lui le serment de fidélité ; on y eut recours de manière fréquente dans les conflits frontaliers, afin de départager les allégeances. Dans le cas de l’Angleterre, on voit que le roi pouvait aussi, dans les moments de crise politique ou militaire, réclamer le serment, voire l’hommage, de tous les hommes libres. Le serment permettait, enfin, de créer ou de consolider les associations : les communes urbaines comme les programmes des réformateurs politiques étaient fondés sur le serment mutuel.
Sous l’influence de la littérature épique et de la culture féodale, la pratique médiévale du serment est souvent présentée comme une sorte d’archétype de l’engagement absolu et du dévouement chevaleresque. La réalité historique est plus complexe et témoigne à la fois de la force du contrôle ecclésiastique et de la portée éminemment politique de la parole jurée. Longtemps utilisé pour fonder ou pour renforcer la stabilité du pacte social, le serment voit toutefois son rôle public s’effacer à la fin du Moyen Âge dans le cadre de la construction de l’État.