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«Les nazis étaient souvent lettrés et savants»
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Entretien
Spécialiste de la période nazie, le Français Johann Chapoutot est l’une des figures phares du Festival Histoire et Cité qui commence ce mercredi à Genève. Il décrit les fondements culturels parfois sophistiqués d’un système monstrueux
Mais comment fait-il, le docteur Wilhelm Bayer, pour ne pas ciller devant les juges? La charge est accablante: on l’accuse, lui et dix-sept collègues, de la mort de 56 enfants entre 1939 et 1945, à l’hôpital de Hambourg. Imperturbable, il explique que les victimes étaient si diminuées qu’elles n’étaient pas tout à fait des êtres humains. Et qu’au nom de la vitalité de la race, il fallait «éliminer ces vies indignes d’être vécues». Platon ou Sénèque ne pensaient pas autrement, assène-t-il encore.
Cette scène, classique, sidérante toujours, ouvre La Loi du sang, penser et agir en nazi, radioscopie magistrale de la culture hitlérienne, des normes au nom desquelles des centaines de milliers de docteurs Bayer, têtes bien faites, ont agi entre 1933 et 1945. Son auteur, Johann Chapoutot, est l’hôte de marque du Festival Histoire et Cité, qui s’ouvre ce mercredi à Genève. Le Français montre comment universitaires, médecins, savants, juristes ont épousé le nazisme, corps et âme. Certains se sont peut-être sentis embrigadés. La plupart ont communié dans une vision biologique, nationaliste et raciste du monde, en toute bonne foi.
Le docteur Bayer, qui bénéficiera en 1949 d’un non-lieu, avait le choix, suggère Johann Chapoutot, spécialiste de la culture nazie qui donnera ce jeudi une conférence sur la naissance de l’individu libre dans l’Allemagne de la fin du XIXe. Cet exposé s’inscrit dans une édition du festival consacrée à la question de la liberté, justement, celle que proclament les révoltés de la place Tahrir, celle qui anime Martin Luther King et Malcolm X dans leur lutte pour les droits civiques. A l’aube du XXe siècle, les sujets de Guillaume II prennent leur envol sur le tremplin de l’individualité, dans une angoisse inavouée qui nourrira peut-être, après le choc de 14-18, le fantasme d’une communauté sans mélange.
Le Temps: Quel est l’homme nouveau que les nazis veulent imposer?
Johann Chapoutot: Il n’est pas nouveau, justement. Leur modèle est le Germain, archétype du courage, de la vitalité, un guerrier, mais pas un belliciste, qui évolue en parfaite harmonie avec la nature. Les nazis s’inscrivent dans un mouvement banal, qui est le retour au paradis perdu. Il faut revenir à l’archaïque, à ce Germain dont les Grecs et les Romains portent l’héritage. Et pour cela, il faut mettre fin à l’aliénation que font subir au peuple allemand le christianisme, le judaïsme, les Lumières, le communisme, tous ces courants universalistes.
Pourquoi ce rejet de l’universalisme?
Parce qu’il a contribué à dissoudre la race germanique, porté d’abord par les baïonnettes de l’armée française après la Révolution de 1789 jusqu’au traumatisme de la bataille d’Iéna en 1806. Les nazis se réclament du particularisme de la race, ils estiment que chaque race produit une morale et un droit valables pour elle. Dans cette vision, les Juifs sont considérés comme un agent ennemi qui a créé le christianisme pour abattre le peuple germanique et imposer leur doctrine des deux mondes, selon laquelle la vie terrestre est une épreuve, en vue d’un accomplissement ultérieur. Le Germain originel est heureux ici-bas. Les idéologues nazis prétendent ainsi que christianisme et judaïsme ont dénaturé l’humanité. Eux, ils prétendent réenchanter le monde.
Naturisme, défense des animaux, végétarisme, danse à ciel ouvert: les nazis recyclent des pratiques propres aux communautés utopistes du début du XXe siècle, celles qui font de Monte Verita, au bord du lac Majeur, le foyer d’un renouveau. Comment expliquer cette continuité?
La Kulturkritik est un mouvement hétérogène, qui appelle à changer son mode de vie et de pensée comme à Monte Verita, à contester une industrialisation aliénante, etc. Ce mouvement est traversé par des courants divers, communistes, spiritualistes, nationalistes et racistes aussi, comme toute cette mouvance pour qui le retour à la nature doit être un retour à la race.
Le nazisme en tant que culture serait donc une synthèse du temps?
Le nazisme n’est pas un ovni par rapport à l’époque. Quand on se penche sur ses fondements, on est frappé par la banalité de sa vision du monde: l’idée du paradis perdu est une rengaine rousseauiste, l’antisémitisme est une constante européenne, l’idée de sursaut national est en vogue… Tout cela n’a rien de proprement allemand. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’obsession de l’espace vital, qui est une conséquence de la révolution démographique que le pays a connue. Entre 1870 et 1914, la population a crû de 27 millions, d’où cette angoisse d’être un «peuple sans espace».
En vous lisant, on est effaré par le nombre d’intelligences qui servent l’idéologie nazie. N’y a-t-il pas une part d’opportunisme, malgré tout?
Elle est faible. On doit faire à tous ces intellectuels le crédit de la sincérité. Ils ne se déclarent pas nazis pour la galerie. Il suffit de lire les journaux intimes et les correspondances pour saisir qu’ils sont convaincus. Les idées auxquelles ils adhèrent, ils les professaient avant 1933 et ils les défendront après la guerre encore. Le général Otto Ohlendorf, par exemple, responsable de la mort de dizaines de milliers de Juifs, dira que le nazisme a répondu à la crise morale qui a été la sienne dans les années 1920. Comme avec le docteur Bayer, on est dans l’idéologie pure et dure.
Qu’avez-vous découvert que vous n’imaginiez pas en épluchant pendant des années des milliers de documents?
Comme ces crimes en chaîne dépassent l’entendement, on a tendance à penser qu’on a affaire à une clique de fous ou de barbares. Or, plus vous allez de l’avant, plus vous réalisez que ce sont souvent des personnes très aimables, bons pères de famille, bons maris, amis des bêtes, végétariens parfois. Le nazisme n’a rien d’exotique, il participe de notre culture, il puise dans nos humanités, latine et hellénique, et il interroge notre humanité.
Quelle conclusion en tirer alors?
Le nazisme n’était pas une fatalité, malgré un contexte qui le favorisait. Ces gens ont fait un choix, ils n’ont pas été emportés par une mécanique. Il y a des Allemands qui ont fait d’autres choix.
Est-ce qu’au vu des crispations nationalistes, du repli identitaire, un avatar du nazisme est imaginable?
Non, je ne le pense pas. D’une part, le nazisme s’enracine dans la Grande Guerre et l’humiliation de la défaite. Sa violence est justifiée par celle des tranchées. D’autre part, l’extrême droite contemporaine, même raciste, ne peut s’appuyer sur aucun fondement intellectuel et scientifique. Dans la première partie du XXe siècle, le racisme est un concept heuristique reconnu dans les sciences humaines et naturelles. Des linguistes, des biologistes, des anthropologues fondent leurs recherches sur cette vision. C’est aujourd’hui impensable.
La Loi du sang, penser et agir en nazi, Gallimard, 570 p.
Tout se joue après 40 ans?
Réduire la morbidité
L'idée que l'on puisse réduire la durée pendant laquelle les personnes âgées souffrent d'incapacités importantes — ce qu'on appelle la morbidité — a été évoquée la première fois en 1983, par le Dr James F. Fries, chercheur de l’Université Stanford1. À l'époque, plusieurs scientifiques s'étaient montrés sceptiques. Aujourd’hui, on l’admet davantage2. Mais cette tendance est atténuée par le fait que la médecine peut garder en vie, plus longtemps, les gens en mauvaise santé3.
On souhaite tous demeurer actifs jusqu'à un âge avancé et, surtout, réduire le plus possible la période d'incapacité que l'on associe avec la vieillesse. On ne veut pas être malade, alité et souffrant pendant des années, ni dépendre des autres.
Est-ce possible? Les données scientifiques nous disent que oui : on peut, jusqu'à un certain point, allonger l'espérance de vie en bonne santé ou l'espérance de vie sans invalidité. En langage médical, on appelle cela réduire la morbidité. Or, pour le moment, les personnes âgées sont malades, en moyenne, pendant les huit dernières années de leur vie3.
Pour se placer soi-même dans cette perspective, il ne faut pas oublier que les chiffres donnés pour ce qu'on appelle l'espérance de vie à la naissance ne s'appliquent plus quand on avance en âge, c'est-à-dire quand on a déjà survécu aux risques de mortalité périnatale et aux accidents de la folle jeunesse. Plus longtemps on vit, plus longtemps on est susceptible de vivre.
Les chiffres ci-dessus, rappelons-le, sont statistiques : les femmes qui ont aujourd'hui 90 ans vont vivre jusqu'à 95 ans, en moyenne. Mais plusieurs vont atteindre 100 ans et plus. Par ailleurs, la durée de vie maximale des humains plafonne toujours autour de 105 ans à 110 ans, à quelques exceptions près5.
Les femmes plus que les hommes
L'espérance de vie s'est considérablement allongée dans les pays développés. À la naissance, elle est maintenant de 84 ans pour les femmes et de 76 ans pour les hommes. Mais ce n'est qu'une moyenne : les filles nées aujourd'hui, en Occident, ont une chance sur deux de vivre jusqu'à 100 ans, d’après les prévisions actuelles.
Allonger la vie en bonne santé consiste à éviter le déclin constant qui survient à partir de 40 ans. C'est à cet âge que les premiers symptômes de vieillissement se font généralement sentir. L’objectif est de se maintenir sur un plateau relativement stable jusqu'à un âge très avancé, afin que le déclin qui mène à la mort se déroule sur un aussi court laps de temps que possible.
En général, l'état de santé de la plupart des personnes de 35 ans ou 40 ans, d'un même milieu socio-économique, est comparable. Les différences commencent à se manifester dans la quarantaine. À mesure que l'âge augmente, des écarts se creusent entre les individus. C'est ce qu'on appelle le vieillissement différentiel. (Les expressions vieillissement prématuré ou pathologique concernent les personnes chez qui le phénomène est accéléré, surtout à cause de maladies chroniques.)
Dans l'illustration ci-dessus, tout l'espace en rose représente du temps en plus pour jouir de la vie pour les personnes qui ont adopté des mesures antivieillissement, comparativement à celles dont l'organisme est engagé sur la pente descendante.
Qu'est-ce qui fait vieillir?
Si on ne connaît pas précisément la cause première du vieillissement, on connaît très bien les facteurs qui l'accélèrent :
des agressions sur le métabolisme par divers éléments toxiques : tabac, alcool, pollution, gras saturés, nitrates, rayons solaires, bruits excessifs, etc.;
une carence d'éléments nutritifs;
des agressions sur le métabolisme par les hormones du stress (facteur psychologique);
des perturbations du rythme biologique causées par des horaires de travail variables, le manque de sommeil, etc.;
des traumatismes physiques répétés.
En contrepartie, on connaît plusieurs facteurs, liés au mode de vie, qui permettent de vieillir en santé. On peut commencer par éviter les facteurs aggravants cités ci-dessus.
Vieillir... inégaux!
Le vieillissement se vit très différemment selon qu'on naisse au Canada, en Roumanie ou au Rwanda, qu’on vive en montagne ou près d'usines polluantes, qu’on soit cadre, ouvrier ou chômeur, qu'on ait suffisamment à manger ou pas, qu'on ait accès à des soins de santé ou non.
En réalité, à peu près tout ce que nous faisons peut jouer de manière positive ou négative dans notre vieillissement. C'est exactement ce que la recherche des 20 dernières années nous a permis de découvrir : nous avons beaucoup de pouvoir sur ce que sera la qualité de notre vie, une fois devenu senior — et même sur la prévention des accidents. Nos bonnes habitudes sont susceptibles d'augmenter notre espérance de vie en bonne santé. Cela peut aller jusqu'à 10 ans de plus! Qui dit mieux?
Évidemment, on sait qu'il existe des vieillards en excellente santé malgré des « pratiques à risque », comme l’usage de la cigarette ou la consommation d’une quantité plus que souhaitable de cognac. Cela nous rappelle que chaque personne est un cas unique : les multiples facteurs qui contribuent au vieillissement se conjuguent de manière particulière. Mais se fier sur des cas isolés de ce genre pour ne rien faire plutôt que de miser sur de bonnes pratiques de vie équivaut à jouer à la roulette russe!
Les baby-boomers inquiètent
« Sera-t-on septuagénaire 10 ans avant l'heure? », s’interroge très sérieusement la Fondation des maladies du coeur du Canada8 dans son plus récent Bulletin annuel de santé des Canadiens et des Canadiennes. Selon elle, le bilan de santé des baby-boomers, âgés de 45 ans à 59 ans, serait peu encourageant. Ils sont en moins bonne forme que leurs aînés avec des taux de sédentarité et de tabagisme plus élevés. Pas moins de 30 % d'entre eux sont obèses, contre 24 % chez les personnes âgées de 65 ans à 74 ans. La Fondation des maladies du coeur du Canada sonne l'alarme : cette génération s'expose aux troubles cardiovasculaires avec un taux d'obésité qui a fait un bond de 60 % en dix ans.
Attention aux cures de jouvence!
Bien qu’elles génèrent des profits de plusieurs milliards de dollars, les techniques de rajeunissement comme la cellulothérapie, la DHEA et l’hormone de croissance demeurent interdites dans plusieurs pays en raison des risques qu’elles comportent pour la santé. Les sources officielles d'information médicale mettent la population en garde contre ces pratiques.
Advenant des découvertes sérieuses et sûres, l'information ferait le tour du globe en moins de temps qu'il n'en faut pour qu'un seul cheveu de votre tête vire au blanc!
Une controverse autour du sucre
La préparation et la publication du rapport de l'OMS ont déclenché de très vives réactions de la part de l'industrie américaine du sucre, qui a même menacé de faire pression sur les autorités politiques américaines pour qu'elles cessent de financer cet organisme des Nations-Unies3,4.
Des sucres simples?
Le sucre simple fournit quatre calories par gramme. Cela inclut le sucre de table et le fructose. Les sucres simples peuvent être naturellement présents dans les aliments : fructose pour les fruits et lactose pour le lait. Les autres sucres simples sont ajoutés aux aliments : sucre blanc ou brun, sirop de maïs, glucose, miel, sirop d'érable...
Selon la National Sugar Association américaine, la consommation de sucre ne peut être reliée directement à aucune maladie chronique et la recommandation de l'OMS n'est pas scientifiquement fondée. Une accusation que rejette l'OMS, qui affirme avoir appuyé sa recommandation sur le travail d'une équipe composée de 30 experts, ainsi que sur les directives déjà en vigueur dans plus de 20 pays à travers le monde4,5.
Mais les pressions ne sont pas seulement venues de l'industrie. Par exemple, en 2004, au moment ou l'OMS s'apprêtait à adopter sa stratégie mondiale sur la santé, le Department of Health and Human Services des États-Unis (HHS) a critiqué les directives de l'OMS. Selon cet organisme, et c'est aussi le credo de l'industrie, il n'y a pas de bons ou de mauvais aliments et il revient à chaque individu de choisir judicieusement ce qu'il met dans son assiette ou dans son verre6,7.
Autre son de cloche du côté de l'International Obesity TaskForce (IOTF) un réseau international d'experts, qui juge que l'industrie du sucre, de la malbouffe et le gouvernement américain qui les soutient sont uniquement motivés par des intérêts économiques. « Il serait temps que tout le monde réalise que la santé des générations actuelles et futures est plus importante que les profits rapides », déclare le président de l'IOTF, dans un communiqué de presse sans équivoque8.
Des contradictions américaines
Curieusement, si le HHS des États-Unis remet en question les recommandations de l'OMS, le guide alimentaire américain, remanié au printemps dernier, les applique parfaitement dans ses directives à la population.
En effet, on suggère aux citoyens américains de consommer seulement des quantités modérées de sucre et d'aliments et boissons contenant des sucres ajoutés, selon ces nouvelles recommandations alimentaires, qui prennent la forme d'une pyramide.
Porté par une cinquantaine d’hommes et de femmes depuis 2014, TERA est un projet expérimental situé dans le Lot-et-Garonne. Une ferme, un écohameau, un centre de formation et d’autres activités économiques seront à terme répartis sur trois lieux différents, dont un a été acheté grâce à un prêt de la Coopérative Oasis. L’objectif ? l’autonomie et la résilience d’un territoire sur un rayon de 30km. Tour d’horizon d’un projet unique en France par son approche globale.
La plateforme de supervision informatique AIOps de Centreon offre une visibilité globale des workflows IT complexes, du cloud jusqu’à l’Edge.
Les loisirs structurent désormais nos sociétés plus sûrement que le travail, qui ne représente qu’une petite partie de nos vies. C’est la thèse défendue par le sociologue Jean Viard dans «Le Triomphe d’une utopie».