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Quand je bossais à la Poste il y a de ça quatre ans, je me souviens d'une discussion animée que j'ai eue avec un collègue de travail. Le mec était là depuis de longues années. Il me racontait chaque semaine ses virées aux putes durant le week-end, qui se résumaient toujours à peu de chose près, à la même rengaine. Sans foyer, sans vrais amis, il se tapait la route depuis Paris jusqu'à Bruxelles ou Amsterdam tous les vendredis pour se décalaminer le manche sur des prostituées. Si je lui avais demandé pour quoi il vivait, il m'aurait sûrement répondu pour les baises facturées et les matchs du PSG.
Il y a ceux qui ont leur voie bien tracée. Ils sortent de leur lycée de quartier et foncent droit sur leurs études dans un but précis : travailler dans le droit, la médecine, le commerce, le management ou l'éducation nationale. Et puis il y a ceux qui divaguent, qui ne trouvent pas, dans ce qu'on leur propose, un projet de futur. Ils rêvent d'autres horizons qu'ils n'atteindront jamais. Alors ils rôdent dans la vie active, de jobs en jobs. Ils sont parfois étudiants à mi-temps à la fac dans des départements obscurs et sans débouchés. Quand il n'y a aucun projet de vie concret, pas de futur, il vous reste toujours les jobs alimentaires.
Je suis resté à la Poste pendant un bon moment. J'étais préposé au tri et on ne peut pas dire que ce soit un boulot franchement épanouissant. C'est ce que m'avait donné la boîte d'intérim quand je m'étais pointé dans leur bureau, la tronche enfarinée. Je sortais du lycée à l'époque, et tout le tintouin comme quoi « le travail et la carrière » c'est ce qu'il y a de plus respectable pour un bonhomme, j'en avais rien à cirer, comme beaucoup d'autres. C'est toujours le cas d'ailleurs. Sauf qu'à l'époque, je n'avais pas encore expérimenté et j'ouvrais ma gueule sans rien en savoir.
Je passais les heures de travail devant une espèce de machine géante qui faisait défiler des caisses pleines à craquer de courriers sur des tapis roulants. De là sortaient des rampes, tout autour, qui acheminaient le courrier jusqu'à des emplacements donnés en fonction des destinations, classées elles-mêmes par départements français. Mon taf, c'était d'attendre devant l'une de ces rampes, en binôme, et de remplir des chariots avec les caisses en fonction des destinations.
Quand ça arrivait, ça dégueulait par dizaines. C'était le marathon. Empiler des bacs de courriers les uns sur les autres, nouer les lanières, et ainsi de suite, pendant des heures. Cette tâche accomplie, il faut ensuite traîner tous les chariots triés devant de grandes portes coulissantes où viennent se garer les camions. Il y a des moments d'accalmie lors desquels on peut tranquillement causer avec le camarade et zieuter la belle et sainte horloge. Un tas de types bossaient là depuis vingt ou trente ans et s'étaient accommodés depuis longtemps à cette routine infernale.
Sérieux, comment peut-on passer sa vie à s'échiner à trier du courrier ?
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Là-bas, j'agissais un peu comme un sociologue. Je cherchais à comprendre les mecs, et je leur posais un tas de questions. Je m'intéressais à leur vie, j'écoutais ce qui se disait. Les gars qui avaient leurs postes fixes depuis des lustres étaient complètement résiliés. Mais on se marrait bien, malgré l'âpreté du travail.
Bien sûr, là-bas vous avez à disposition quelques bons gros clichés de base comme dans n'importe quelle société. Les mecs se pintent la tronche le soir pour oublier le taf et attendent les vacances. Pendant les temps de pause, des bandes de travailleurs se réunissaient dans des salles mises à leur disposition pour jouer aux cartes, et je fumais mes clopes, peinard, louant le bonheur des petits breaks de la journée. Il faut noter qu'il y a un véritable esprit de camaraderie, un côté bon enfant qu'on ne trouve pas dans d'autres milieux.
L'autre partie du job consistait à charger les camions. On m'a planté devant une porte où se dressait un bon paquet de ces chariots triés la veille par d'autres types. Je devais faire les dernières vérifications de destinations, au cas où il y aurait une connerie dans le lot. Quand le camion venait se planter, je le remplissais et en profitais pour fumer une clope avec le coursier qui allait se taper la route de nuit pour acheminer tout le courrier.
Voilà ce en quoi consistait mon travail de postier - agent de tri. Quand j'en ai eu ma claque, je suis passé à un autre job alimentaire.
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La vente, je crois bien que ça a été le pire pour moi, qui suis de nature plutôt misanthrope. C'est ce que j'ai compris en bossant dans une grande chaîne française de produits surgelés. La journée s'articulait, comme à la Poste, sur des tâches répétitives et abrutissantes. Dans un premier temps, on m'a formé pour jouer les caissiers. J'ai appris comment encaisser les gens selon les différents moyens de paiements en utilisant à bon escient toutes les options et raccourcis offerts par les machines. Pour passer le temps, j'essayais de voir ce qui était le plus consommé entre les petits pois surgelés et les haricots. Dans ma tête, je m'attelais à des jeux totalement débiles du genre, comme si grâce à ça la journée allait passer plus vite.
Puis tout en gérant la caisse, les connards comme les gens courtois, il fallait que je classe ce qui venait de la chambre froide dans les différents congélateurs du magasin : des caddies entiers. Il y avait toujours de quoi faire, en plus de guetter les vieilles qui tentaient de piquer du poisson pané. Les petites joies de la journée sont rares et on s'accommode : une jeune femme sexy qui passe à la caisse avec un grand sourire, par exemple. Alors on les attend. Y'a aussi des instants comme celui-là : un vieux qui débarque avec une grimace effroyable et qui vous demande du tac au tac, sans passer par quatre chemins, s'il peut aller chier dans les toilettes des employés.
Mais ce que j'ai le plus pratiqué, ça doit être le chantier. La première fois, on m'avait embauché comme câbleur en CDD alors que je n'y connaissais que dalle, moi avec mon bac littéraire. J'ai fait beaucoup de découpe de câbles et, en comptabilisant toutes mes missions, sans doute assez pour faire le tour du globe. Pendant des journées, dans un atelier, je tirais différents types de câbles – de l'audio, du vidéo, de la fibre – dans le but de les installer sur un chantier : sans arrêt, je devais tirer des kilomètres. Je bricolais aussi des connecteurs, j'installais du jack ou du vga, du rj45 au bout de câbles de toutes sortes. On m'enseignait perpétuellement des tâches nouvelles, souvent méticuleuses. Je devais savoir les faire à la perfection pour pouvoir les pratiquer sur commande, et seul. J'avoue que sur ce coup-là, j'ai dû apprendre un métier de A à Z. Et, de fait, c'était déjà plus intéressant qu'une grande partie de mes autres boulots.
Puis on m'a foutu sur le concret, le chantier. Avec une équipe de collègues, on passait des câbles entre les différentes parties d'un bâtiment qui serait, dans un futur proche, investi par une entreprise du secteur audiovisuel. Il fallait installer le câblage nécessaire à leur matos sonore et visuel, dans du faux plancher, de faux plafonds. Ça m'excitait au début, d'être l'ouvrier poussiéreux, outils à la taille, pinces et autres cutters, la tête dans un canal, à cinq mètres de hauteur, ou bien enfoui dans un sous-sol. J'étais content de sortir de l'atelier gris. L'ambiance était bonne et sur les longs chantiers, on se faisait vite amis avec les collègues : on partageait les repas, les cafés, les longues heures de boulot. On bossait parfois en dehors des codes du travail, cumulant un nombre d'heures incroyables dans une journée, lorsqu'il fallait à tout prix boucler le truc pour le client. C'est la réalité du bordel. Ce qui permet de tenir longtemps dans ce genre de taf, c'est la camaraderie prolétaire indiscutable et belle. Probablement.
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Tu te prends tout ça dans la tronche, l'intégration sociale avec la besogne et le blé : un vrai ramassis de conneries et de trucs infects qu'il faut supporter parce qu'on est bien obligé de bouffer et d'avoir un toit. On enchaîne les boulots ingrats sans lendemains, et il n'y aura jamais vraiment ce que l'on cherche, alors autant se le dire carrément. Ces jobs alimentaires se ressemblent tous dans leur annihilation de l'humain.
Et puis il y a ceux qui croient travailler avec plaisir, qui se sont collé ça dans leur crâne tellement fort que ç'en est devenu une évidence – mais c'est encore autre chose. J'ai le droit de dire que je n'ai pas envie de bosser et que j'en ai rien à cirer du respect du travail. Comme une espèce d'insatisfaction chronique qui pèse sur bon nombre d'entre nous devant la vie qu'on nous offre sur un plateau. Et je sais bien qu'il y en aura d'autres pour moi, dans le futur, de ces labeurs avilissants, de ces travaux forcés.
De votre grand-père à votre département des ressources humaines, en passant par Kim Kardashian, les gens se plaignent constamment que les jeunes sont paresseux et paresseuses. Pire encore, selon eux, nous sommes dans une ère où plus personne ne veut travailler.
Mais comme le soulignait récemment sur Twitter le professeur de l’Université de Calgary Paul Fairie – article de journal datant de 1894 à l’appui –, c’est un trope populaire depuis très longtemps.
Malgré le fait que le taux de chômage ait augmenté le mois dernier, il est plus faible qu’avant la pandémie.
Il est vrai que dans les deux dernières années, plusieurs personnes ont quitté leur emploi. Les expert.e.s ont appelé ce phénomène « la Grande Démission ». Mais en fait, ç’a surtout été la Grande Promotion, puisque les chiffres montrent que la plupart des gens qui ont quitté leur job sont simplement allés travailler ailleurs, pour un meilleur salaire et de meilleures conditions.
Ce n’est pas vraiment que plus personne ne veut travailler, c’est que plus personne ne veut travailler dans une job de merde.
D’où est-ce que ça vient?
Au début de la pandémie, face à l’incertitude qui régnait, plusieurs compagnies ont soit fermé leurs portes, soit effectué des mises à pied. Pour aider ses citoyen.ne.s dans une situation financière précaire, le Canada a mis sur pied la Prestation canadienne d’urgence, qui octroyait 500 $ par semaine aux gens éligibles. Très vite, des employeurs (et des vieux frustrés) se sont mis à se plaindre que les jeunes ne voulaient plus travailler, et que c’était la faute du gouvernement, qui payait les jeunes à ne rien faire.
Mais ce genre de discours est un peu de mauvaise foi. Si les 2000 $ par mois versés à travers la PCU a permis à tes ancien.ne.s employé.e.s de mieux vivre que le salaire que tu leur offrais, c’est toi, le problème, et c’est pour ça que personne ne veut travailler pour toi.
La pandémie aura eu comme effet de nous rappeler que la vie est courte et qu’il faut la vivre pleinement. Les millions de documentaires de nature qu’on a regardés en confinement nous ont fait nous questionner sur les attentes de la société, qui prône un travail acharné et peu récompensé.
Pour les gens de notre génération, des emplois difficiles et mal rémunérés, c’est terminé! Travailler, d’accord, mais pas pour n’importe qui et sous n’importe quelles conditions. On veut des jobs où on se sent valorisé.e.s et où on peut, de manière tangible, ressentir que le travail que l’on fait a un réel impact. Et vu que tout coûte plus cher, ça serait quand même nice si on pouvait être adéquatement rémunéré.e.s.
Est-ce que c’est vrai?
Ce qu’il y a de plus frustrant avec le trope que « personne ne veut travailler », c’est surtout qu’il est très facile de prouver que ce n’est pas vrai. Malgré le fait que le taux de chômage ait augmenté le mois dernier, il est plus faible qu’avant la pandémie. Plus d’un demi-million de personnes de plus sont employées aujourd’hui comparativement à en février 2020. De plus, il suffit d’aller voir la section d’offres d’emplois sur LinkedIn pour s’apercevoir que plusieurs d’entre elles reçoivent des centaines de candidatures.
Non seulement nous sommes plus nombreux et nombreuses à travailler, mais nous travaillons plus que les générations précédentes, et tout ça pour être la première génération à moins bien vivre que ses parents. Fun!
Alors pourquoi est-ce que ce mythe persiste?
J’aimerais pouvoir vous dire que notre génération n’aura pas cette mentalité, et que dans une quinzaine d’années, on pourra se départir des stéréotypes qui veulent que les « les jeunes sont paresseux » et que « plus personne ne veut travailler ». Mais, statistiquement, ça ne sera probablement pas le cas. Au fur et à mesure que l’on vieillit, les jeunes ont de nouveaux outils, de nouvelles ambitions et de nouveaux conforts qui nous étaient impensables à leur âge. On se dit donc que leur vie est plus simple, et on les regarde d’un autre oeil, sans se mettre à leur place.
Une recherche de l’Université de St-Louis a démontré que ce générationalisme est bien ancré dans l’humanité, et qu’on en trouve des preuves depuis toujours. Les plus vieux trouvent toujours les plus jeunes plus paresseux et égoïstes.
il suffit d’aller voir la section d’offres d’emplois sur LinkedIn pour s’apercevoir que plusieurs d’entre elles reçoivent des centaines de candidatures.
Bon, peut-être que devenir vieux, chiant et condescendant avec les jeunes, c’est inévitable et que dans quelques années, on se fera répondre « OK, millennial » par un kid né en 2018 quand on dira quelque chose de ringard. Mais on peut, au moins, essayer de se départir de l’idée que la pénurie de main-d’œuvre est attribuable à la paresse des jeunes ou au fait que « plus personne ne veut travailler ».
Parce que même si personne ne veut travailler, tout prouve qu’on continue de le faire, et plus que jamais!
L’anthropologue David Graeber a théorisé le phénomène des bullshit jobs (littéralement « jobs à la con ») dans un ouvrage paru en France en septembre dernier. Il a recueilli des centaines de témoignages pour illustrer son propos. Voici quelques exemples de boulots respectés, souvent bien payés… mais vides de sens.
S’ennuyer au bureau, se sentir inutile, être payé à rien faire et culpabiliser… Dans le monde du travail moderne, les métiers à la con se multiplient et les salariés en souffrent. C’est le constat que l’anthropologue américain David Graeber dresse dans son ouvrage Bullshit Jobs (éditions Les Liens qui Libèrent), sorti en France le 5 septembre.
L’auteur a mis des mots sur ce mal pour la première fois dans un article paru en 2013 dans le magazine anarchiste anglais Strike ! Après avoir reçu des centaines de témoignages, il a théorisé ce phénomène dans cet ouvrage.
Un « job à la con », pour David Graeber, c’est « une forme d’emploi rémunéré qui est si totalement inutile, superflue ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence, bien qu’il se sente obligé, pour honorer les termes de son contrat, de faire croire qu’il n’en est rien. »
Des boulots prestigieux mais vides de sens
Contrairement aux « jobs de merde », payés à l’heure, exercés par des cols-bleus, ouvriers et autres exécutants, les « jobs à la con » sont occupés par des cols blancs. Ces salariés suscitent l’admiration, alors qu’au fond d’eux, ils sont malheureux au travail. D’après un sondage YouGov conduit au Royaume-Uni et cité par David Graeber, 37 % des personnes interrogées considèrent que leur emploi n’apporte rien au monde. Une autre étude menée aux Pays-Bas par l’institut Schouten & Nelissen donnait un résultat similaire (40 %).
Multiplication des réunions, de la paperasse, des couches hiérarchiques, des sous-traitants… Ce phénomène s’explique par de nombreux facteurs. Souvent associé au secteur public, il touche également les entreprises privées, explique David Graeber. C’est là tout le paradoxe : dans un monde capitaliste, qui se veut performant et efficace, des milliers d’employés ont l’impression de pédaler dans le vide.
Pour mieux illustrer son propos, l’auteur s’est appuyé sur les nombreux témoignages reçus et a distingué cinq catégories de « job à la con ».
- Les larbins
Pour David Graeber, ces salariés sont des domestiques modernes. Ils sont là pour « permettre à quelqu’un d’autre de paraître ou de se sentir important ». C’est le cas d’Ophelia, qui travaille dans le marketing. Elle est « coordinatrice de portefeuille », mais admet qu’elle n’a « aucune idée » de ce qu’elle est censée faire.
« En lui-même, mon titre renvoie clairement à un job à la con. Par contre, la réalité de mon boulot, c’est d’être l’assistante personnelle du directeur. Et là, j’ai vraiment de quoi faire, parce que les gens pour qui je travaille sont trop « débordés » ou trop importants pour faire toutes ces choses eux-mêmes. À vrai dire, la plupart du temps, j’ai l’impression d’être la seule personne à bosser dans le bureau. »
- Les porte-flingues
Ces employés exercent un métier qui « paraît dépourvu de toute valeur sociale positive », qu’ils « considèrent comme intrinsèquement manipulateur et agressif ».
Tom, par exemple, est employé par une grosse boîte de postproduction américaine. Il travaille pour des studios de cinéma, ce qui lui plaît, mais aussi pour des agences de communication. C’est là que le bât blesse.
Une partie de son travail consiste à effacer les imperfections des acteurs des spots publicitaires : il blanchit des dents, amincit les silhouettes, ajoute des reflets sur les cheveux… « Ces techniques sont utilisées dans tous les spots télévisés, mais aussi dans la plupart des fictions télé et de nombreux films. Autant sur les actrices que sur les acteurs. Pour résumer, on essaie de donner aux spectateurs qui regardent ces programmes le sentiment qu’ils ne sont pas à la hauteur, et ensuite, pendant les pages de pub, on exagère l’efficacité des « solutions qu’on prétend leur livrer. […] Mon travail, c’est ça : fabriquer de la demande en créant un manque et, parallèlement, survendre l’utilité des produits proposés pour combler ce manque. »
- Les rafistoleurs
Ces employés passent leur temps à régler des problèmes qui ne devraient pas exister. Ils rattrapent les bourdes de leur supérieur, comblent un manque d’organisation, ou exercent des tâches qui pourraient être automatisées. David Graeber donne cet exemple :
« Ma seule et unique fonction, c’était de surveiller la boîte de soutien technique. Ces demandes étaient rédigées dans un formulaire donné, et moi je devais les copier-coller dans un autre formulaire. Le pire, ce n’est pas que cette tâche aurait pu être automatisée, c’est qu’elle l’avait déjà été ! Simplement, à la suite d’un désaccord entre managers, ils avaient décrété une standardisation qui avait annulé l’automatisation. »
- Les cocheurs de case
Selon David Graeber, ces salariés permettent à une organisation de « prétendre faire quelque chose qu’en réalité elle ne fait pas ».
Il donne l’exemple de Betsy, employée pour s’occuper des activités de détente dans une maison de repos. « L’essentiel de mon travail consistait à interviewer les résidents afin de noter leurs préférences personnelles dans un « formulaire loisirs ». Ensuite, on rentrait ces données dans un ordinateur, après quoi on s’empressait de les oublier pour toujours. »
- Les petits chefs
David Graeber distingue deux sous-catégories. La première, c’est celle des petits chefs qui « assignent des tâches à d’autres », et dont le boulot peut s’avérer inutile si ses subalternes travaillent en autonomie. C’est le cas d’Alphonse : « Mon boulot consiste à encadrer et coordonner une équipe de cinq traducteurs. Le problème, c’est qu’ils sont formés à tous les outils dont ils ont besoin et savent très bien gérer leur temps et leurs missions. »
La seconde sous-catégorie, c’est celle des petits chefs qui « créent des tâches à la con pour les autres », comme l’explique Chloe. Cette doyenne d’une grande université britannique avait pour mission de proposer un « leadership stratégique ».
Elle travaillait avec trois personnes, mais comme elle n’avait aucun pouvoir décisionnel, ses propositions n’aboutissaient à rien : « Mon assistant de direction, un type brillant, n’a guère pu être davantage qu’un gestionnaire de planning hors pair. Quant à la postdoctorante, c’était un pur gaspillage de temps et d’argent. J’effectue mes recherches toute seule et je n’ai pas besoin d’un assistant J’ai donc passé deux ans de ma vie à m’inventer du travail, à moi-même et à d’autres. »
Chloe a ensuite accepté un poste de chef de département. Elle a démissionné au bout de six mois. Selon elle, c’est « l’idéologie managérialiste » qui crée ces postes absurdes. « À mesure qu’elle s’incruste, des pans de plus en plus vastes du personnel universitaire sont assignés à une seule et unique fonction : jongler avec la myriade de joujoux qu’elle invente – stratégies, objectifs de performance, audits, rapports, évaluations, nouvelles stratégies, etc. Le tout totalement déconnecté de ce qui devrait couler dans les veines de l’université : l’enseignement et l’éducation. »
- Selon le directeur mondial du marketing de Microsoft
« Continuer à utiliser Windows 7 serait potentiellement dangereux pour la santé de votre ordinateur et celle de ses utilisateurs qui ne comprennent vraiment rien à rien ! »
Rien que ça et c’est un dirigeant de Microsoft qui le dit !
Il n’y a même plus besoin de dire du mal et de descendre Windows 7, c’est son géniteur qui se colle à la tâche et il le fait bien, haut et fort. Est-ce pour protéger les intérêts des utilisateurs de cette version de Windows ? Ou plutôt pour essayer à tout prix de les convaincre avec des arguments fallacieux de migrer coûte que coûte vers son dernier opus Windows 10, le bien nommé « Big Brother de la décennie » !
Selon Chris Caposella, le « Gugus » en chef de la mercatique chez Microsoft
MICROSOFT Windows 10 Big Brother : NEIN, danke ! (Animation GIF)
« Les utilisateurs de Windows 7 doivent désormais utiliser cette version « à leur propre risque et péril », alors que Windows 10 serait sûr. »
« Nous sommes inquiets quand les gens utilisent un système d’exploitation vieux de 10 ans et que la prochaine imprimante qu’ils achèteront ne fonctionnera pas. »
Le seul problème pour Microsoft avec les déclarations de son Chris Capossela : c’est qu’elles sont complètement foireuses ! Mais bon, ne gâchons pas notre rare plaisir à écouter et voir Microsoft se pisser dessus.
Depuis la sortie de son dernier OS Big Brother en juillet dernier, Microsoft met le paquet pour essayer de réduire le parc de Windows 7 et inciter les utilisateurs à migrer vers Windows 10 : il propose gratuitement son nouveau système d’exploitation et d’espionnage des masses, il fait afficher des popups incitatifs, il pré-installe en douce des fichiers sur vos PC, etc.
Les « propos inquiétants », mais savamment orchestrés, de Chris Capossela ne sont donc qu’une tentative de plus pour atteindre cet objectif de viol massif des utilisateurs de Windows 7. Quand Microsoft veut tuer l’un de ses chiens, il clame haut et fort qu’il a la gale ! Amour – haine et règlements de compte à Microsoft Corral…
Sources :
23/12/2015 @ Windows Weekly 445 : Microsoft Marketing Chief Chris Capossela
7/01/2016 @ Next Inpact : Windows 7, à utiliser « à vos risques et périls » selon Microsoft
7/01/2016 @ O1NET.com : Pour promouvoir Windows 10, Microsoft fait peur aux utilisateurs de Windows 7
8/01/2016 @ Numerama : Microsoft est « inquiet » pour ceux qui gardent Windows 7
7/01/2016 @ GinjFo : Windows 10, Microsoft sait qui, quoi, pourquoi et combien, la preuve
- Pensez positif ! Agissez libre !
Quitte à changer de système d’exploitation : faites dans la liberté, l’efficacité, la modernité, le partage, la solidarité et le non-espionnage.
Libérez-vous de vos chaînes et des logiciels propriétaires privateurs de libertés.
Choisissez un système d’exploitation libre et performant qui vous respecte.
Soyez fou, soyez critique, soyez écologique, soyez innovant, soyez libre.
Pensez à votre famille, à son avenir ainsi qu’à celle de notre planète bleue.
«L’éducation occidentale est un péché»
Nigeria: Des jeunes filles mineures sont enlevées et contraintes à se convertir à l’islam
Maiduguri, 23 juillet 2013 (Apic) La communauté chrétienne du nord du Nigeria est alarmée par un phénomène qui tend à se répandre : des jeunes filles mineures sont enlevées et contraintes à se convertir à l’islam. La secte islamiste Boko Haram serait mêlée à ces enlèvements, rapporte le 23 juillet 2013 l’agence missionnaire vaticane Fides. Boko Haram multiplie par ailleurs les attaques contre les écoles qui enseignent «l’éducation occidentale».
Des jeunes filles mineures sont enlevées et retenues dans les maisons d’émirs ou de responsables religieux radicaux, parfois liés au groupe Boko Haram, relate la Northern Christian Association of Nigeria (CAN), préoccupée par la croissance rapide de ce phénomène. L’association indique suivre cinq cas à la demande des familles des jeunes filles enlevées. Mais « lorsque l’on signale un cas de ce genre à la police, les agents répondent qu’ils ne peuvent rien y faire. Nous croyons parfois qu’ils sont complices » explique Daniel Babayi, secrétaire de la CAN.
Les chrétiens du nord du Nigeria sont victimes du groupe militant islamique Boko Haram, qui vise à instaurer un Etat islamique. Dans le cadre d’une campagne terroriste qui dure depuis des mois, de nombreuses églises ont été attaquées et des fidèles chrétiens tués. Selon un certain nombre des déclarations publiques, Boko Haram a affirmé que « enlever des femmes chrétiennes fait partie des nouveaux efforts visant à frapper les chrétiens et à les contraindre à quitter le nord ».
«L’éducation occidentale est péché»
Les écoles constituent l’un des objectifs primaires du groupe. Au début du mois de juillet, plus de 40 personnes, en majorité des élèves, ont été tuées dans le cadre d’une attaque perpétrée contre un collège dans l’Etat de Yobe. Lors d’une autre attaque récente, le dortoir d’un institut a été incendié alors que les enfants dormaient, ceux qui cherchaient à s’enfuir ayant été tués.
Boko Haram signifie «l’éducation occidentale est péché» et le responsable de la secte, Abubakar Shekau, a demandé publiquement à ce que les attaques contre les écoles «qui enseignent l’éducation occidentale» se multiplient. Afin de réagir à la guerre déclenchée par Boko Haram contre la nation, les Etats nigérians de Borno, Yobe et Adamawa, dans lesquels les militants représentent la menace la plus forte, se trouvent en état d’urgence depuis deux mois. (apic/fides/cw)
© Agence de presse internationale catholique (apic), 23.07.2013
Les droits de l’ensemble des textes sont déposés à l’agence apic-kipa, repris, à partir du 1er janvier 2015, par le Centre catholique des médias Cath-Info. Toute diffusion de texte est payante. L’enregistrement sur d’autres bases de données est interdit.
Estonie, n° 1 du numérique
par Jean Pelletier
Nous sommes à un moment de notre histoire où tout nous questionne sur le développement (trop) rapide du numérique. Il se propage à toutes les couches de notre société. Beaucoup de dossiers restent encore en suspens. N’allons-nous pas trop vite ? Qu’en est-il de la protection et la sécurité de nos données ? Notre vie privée n’est-elle pas en train de nous échapper ? Que faire pour ceux que l’âge ou le handicap éloignent du numérique. Ne faudrait-il pas jeter un coup d’œil attentif à l’un de nos voisins, qualifié d’excellent élève du numérique ?
À l’heure de toutes ces interrogations, l’Estonie (qui n’a pris son indépendance qu’en 1991 et a adhéré à l’Union européenne en 2004) fait figure de modèle mondial en matière de numérique. Elle a été classée « société numérique la plus avancée au monde » par le magazine Wired (magazine américain spécialisé dans les nouvelles technologies). L’Estonie se révèle une précieuse source d’inspiration, particulièrement pour sa gouvernance au service des innovations.
Une société du tout numérique
Selon un autre magazine américain, Freedom House, en misant sur la citoyenneté numérique, l’entreprise virtuelle et l’éducation innovante, l’Estonie a acquis la réputation d’être un des pays les plus libres via son économie, sa presse et Internet. Certes, on peut toujours relativiser en disant qu’il s’agit d’un État minuscule de 1,3 million d’habitants. Mais sa réactivité à l’essor des technologies de l’information et l’arrivée d’Internet est extraordinaire. Le gouvernement estonien entreprend alors sa stratégie dite du « Bond du Tigre » au milieu des années 1990 en prenant appui sur un déploiement systématique des infrastructures informatiques. Le souvenir des années soviétiques empreintes de terribles lourdeurs administratives a été le catalyseur de ces réformes.
Très vite, le digital règne en maitre dans tout le pays et fait partie intégrante de sa population au quotidien dans tous les domaines publics comme privés. Qu’il s’agisse de payer ses impôts, de créer son entreprise, d’aller chercher ses médicaments, d’assurer le suivi scolaire de ses enfants… Les différents gouvernements qui se sont succédé ont vite compris l’enjeu que représentait le tout numérique pour occuper une bonne place dans le concert de nations. Le Premier ministre en estime l’impact à l’équivalent d’une économie de 2 % de PIB par an. La digitalisation de l’ensemble de l’administration correspond à une économie de papier, que nous pouvons envier, correspondant à la hauteur de plusieurs tours Eiffel.
La carte d’identité numérique a été adoptée par 98 % des Estoniens (2001). Elle est le sésame pour toutes les actions qu’ils souhaitent entreprendre :
voter en ligne, bien sûr (2005) ;
accéder aux transports en commun ;
payer leurs impôts ;
communiquer avec les écoles de leurs enfants ;
demander une subvention ;
gérer leur santé (ordonnances médicales dématérialisées) ;
1500 services sont en ligne.
Résultat garanti : moins de paperasseries, moins de bureaucratie, gain de temps.
En termes de participation des citoyens à l’action du gouvernement, il est un autre exemple : Rahvaalgatus.ee, le portail estonien d’initiative citoyenne lancé en 2016. Le peuple a ainsi la possibilité d’exprimer des propositions collectives et surtout de les soumettre au parlement… Sur une quinzaine de propositions de lois adressées par ce canal, trois ont été votées par le parlement.
Le numérique, booster de l’économie
e-Estonie, n° 1 du numérique 2Mais l’Estonie est allée encore plus loin, en créant le statut d’e-résidents (33 000 personnes) en 2014. Celui-ci est accessible à tous les étrangers. De l’autre bout de la planète, vous pouvez tranquillement créer votre propre entreprise en Estonie, la gérer et bien sûr de bénéficier de la fiscalité avantageuse du pays. Plusieurs milliers d’entreprises ont vu le jour en quelques années. Le Brexit a précipité ainsi plusieurs milliers d’entreprises britanniques vers cette solution pour rester dans le marché européen (howtostayin.eu).
Cet environnement particulièrement facilitant aux entreprises numériques hisse l’Estonie au rang de nation possédant le plus grand nombre de startups rapporté à sa population.
L’économie estonienne compte à ce jour pas moins de 8 licornes :
Skype (2005)
Taxify Bolt (2018)
Playtech (2007)
TransferWise (2015)
Pipedrive (2020)
Zego (2021)
Veriff
Enfin, la mise en œuvre du programme e-Estonia, soit une simplification réelle des démarches administratives, place l’Estonie au rang de la société digitale la plus progressive au monde.
« La petite république » qui a intégré en 2004 l’Union européenne peut s’enorgueillir d’une croissance des plus rapide de la communauté.
Du coup, ses habitants bénéficient d’une couverture de soins universelle, d’une éducation gratuite et réputée. Dans le domaine culturel, elle n’a rien à envier à la France, elle a de nombreux musées, médiathèques, théâtres. Elle a le plus grand répertoire de chansons par habitant au monde.
Elle est réputée pour son affirmation des libertés civiles, de la liberté de sa presse (selon RSF, elle est classée quatorzième dans le monde en 2020) et d’une école citoyenne classée parmi les premières d’Europe.
Tartu – capitale culturelle et intellectuelle de l’Estonie – La fontaine des amoureux
Forte de ses acquis, l’Estonie exporte son modèle dans de nombreux pays africains. C’est un continent en pleine croissance. Les dirigeants africains ont compris que le numérique était un point d’appui efficace pour leur économie, créateur d’emploi, en particulier pour la jeunesse.
L’Estonie occupait il y a une quinzaine d’années la même situation. Sa réussite exemplaire est donc un parfait sésame pour ouvrir les portes du marché africain.
La cybersécurité est de fait au centre des préoccupations des dirigeants estoniens. Ce petit pays, il y a peu encore sous influence soviétique, a connu en 2007 une cyberattaque massive qui a perturbé pendant plusieurs semaines le fonctionnement de toutes les institutions : banques, médias, administrations…
Rejoignant les préoccupations de l’OTAN en la matière, cette dernière a ouvert son centre de cybersécurité en Estonie. Le gouvernement estonien, aux fins d’éviter toutes mêmes mésaventures d’attaques par des cyberterroristes, a mis en place au Luxembourg l’équivalent d’une e-ambassade. C’est-à-dire un datacenter qui stocke la totalité des données du pays (documents d’identité, législation, impôts, retraites…). Cet ensemble bénéficie du coup des mêmes principes d’extraterritorialité qu’une ambassade classique.
Ce sujet est d’actualité, car si une invasion terrestre survenait en Estonie, un gouvernement en exil pourrait poursuivre sa gouvernance grâce à ce formidable Back-up.
Hack the crisis
Estonie
Les Estoniens encore à la pointe de la lutte pour la démocratie (Photo prise à Tallinn en juillet 2015)
Face à la pandémie actuelle, c’est encore une fois en prenant appui sur ses ressources numériques que le gouvernement estonien a fait face. Au plus haut de la crise, ce dernier lance l’idée d’un hackathon, « Hack the crisis », qui se déroulera en ligne.
Prenant appui sur la plateforme d’innovation créée par le ministère des Affaires économiques, Accelerate Estonia, et une startup spécialisée dans l’organisation d’hackathons, Garage48, l’opération est lancée.
Chaque participant est incité à mettre en avant une idée permettant de répondre aux enjeux sanitaires que pose l’épidémie et de la partager ainsi avec la communauté.
C’est un jury d’experts, privés et publics, qui choisit parmi les meilleures idées cinq lauréats. Ceux-ci sont dotés de 5 000 euros pour amorcer la réalisation de leur projet.
Dans la foulée de l’évènement, des fonds d’investissements viennent soutenir l’opération, en abondant certains des projets retenus.
1000 participants s’inscrivent en 48 heures, qui déboucheront sur une trentaine de projets.
Au final ce sont quatre de ces initiatives proposées au concours qui ont été mises en œuvre en Estonie.
Citons l’exemple de Zelos, qui a créé une plateforme intitulée Covid-help, elle met en contact les personnes âgées qui ont besoin d’une aide particulière avec un ou une volontaire. Ainsi, le système gère l’inventaire des demandes exprimées en ligne et planifie le travail des volontaires. Ce sont plus de 2000 volontaires qui se sont inscrits.
On peut ainsi explorer à l’infini la richesse et le potentiel d’innovation technologique que ce petit pays a su mettre en mouvement.
Défendre la démocratie : une sociologie engagée [e-book]
• Laurent Mucchielli [auteurs]
Format : 13,5 x 20,5 • 312 pages • ISBN : 978-2-37672-053-9 • 14.99 €
La démocratie est un être fragile et imparfait, produit d’une histoire qui n’est pas linéaire. Proclamés dans la lutte et dans le sang par les révolutions des xviiie et xixe siècles, repris par l’ONU dans une Déclaration se voulant universelle en 1948, les droits humains fondamentaux constituent depuis toujours un obstacle aux appétits insatiables de pouvoir et d’argent des puissants de ce monde.
À l’opposé des « experts » convoqués par ces puissants pour soutenir leurs projets, l’auteur défend une conception de l’intellectuel libre et désintéressé, mû seulement par les valeurs de liberté, de justice sociale et de solidarité. Dans ce livre qui est un peu un testament intellectuel, il analyse différentes formes de propagande, de corruption et de violence d’État qui gangrènent la démocratie dans les sociétés occidentales de ce début de xxie siècle.
Les textes rassemblés, écrits au cours des 25 dernières années, veulent à la fois éclairer sur la signification de conflits traversant la société française et défendre la démocratie. Qu’il s’agisse des révoltes dans les banlieues, du mouvement des Gilets Jaunes ou encore de la prise en otage des populations à l’occasion de l’épidémie de Covid, l’auteur s’efforce de redonner la parole aux dominés et de mettre au jour les techniques de manipulation et de répression mises en œuvre par les puissants pour neutraliser et discréditer toute contestation. Il montre aussi comment, à chaque crise, la panique conduit à s’en remettre très imprudemment à des pouvoirs exécutifs qui décrétent des mesures dites « exceptionnelles » tendant à se banaliser par la suite, ce qu’il appelle le Talon d’Achille de la démocratie.
Laurent Mucchielli, sociologue, est directeur de recherche au CNRS.