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Quitter la région Rhône-Alpes? Les Savoyards attendent le débat national pour en discuter - Le Temps
Quitter la région Rhône-Alpes? Les Savoyards attendent le débat national pour en discuter
Après la proposition de constituer en région autonome les départements de Savoie et de Haute-Savoie, seules les personnalités politiques les plus influentes se déterminent. Mais l'Assemblée nationale est sur le point de s'emparer de la question
Alexandra Deruaz,
Publié le 09 novembre 1998 à 01:00.
Indépendance de la Savoie, fusion des départements savoyards et hauts-savoyards, création d'une région Savoie détachée de Rhône-Alpes: au risque d'être un peu perdus et dépassés par des intérêts parfois politiciens, nos voisins ne manquent pas de projets d'avenir. Mais ils laissent leurs élus s'en occuper. Si aucune des trois propositions n'est nouvelle, le divorce des deux départements de Savoie et de Haute-Savoie d'avec leur région de tutelle gagne aujourd'hui en actualité (Le Temps du 29 octobre).
D'ici quinze jours, si tout se passe comme prévu, une proposition de loi allant dans ce sens sera discutée à l'Assemblée nationale qui planche sur la révision du mode de scrutin régional. Une réforme proposée pour éviter les déchirements qui ont suivi les élections du printemps dernier, au cours desquels le Front national a notablement accentué sa présence dans les parlements régionaux.
Dans la perspective de ces travaux nationaux, une discussion a bien eu lieu samedi en Haute-Savoie à l'initiative de deux maires soucieux de pallier la carence d'information des élus locaux. Et une pétition circulera dans les deux départements pour soutenir l'idée d'une région de Savoie.
Mais pour le reste, les Savoyards parlent bien peu de ce grand dessein, qu'ils laissent au bon plaisir de quelques grands élus, seuls à s'enflammer pour en dire du mal ou du bien. «Etonnamment, les médias régionaux ont peu relayé notre thèse, constate Claude Barbier, coauteur d'un livre intitulé Région Savoie, Pourquoi-Comment. C'est une particularité française: il faut d'abord que les médias nationaux octroient leur blanc-seing au débat pour que ce dernier redescende à l'échelon des départements.»
Ainsi, sur proposition d'une association interdépartementale, ce sont deux députés, Michel Bouvard et Bernard Bosson, qui ont porté le projet à Paris. La suite échappe également aux petits élus: c'est l'ancien ministre Michel Barnier, président du Conseil général de Savoie, qui a pris sur lui de tirer sur la région Savoie. Il préfère sa propre idée, celle de fusionner les deux départements et de réduire le nombre de régions en France pour qu'elles disposent d'une taille suffisante au sein de l'Europe.
Mais que l'on ne s'y trompe pas: à Charbonnières, siège rhône-alpin du Conseil régional, l'évolution de la proposition d'une région Savoie est suivie avec attention. Selon un de ses pères, le député Michel Bouvard, la gauche pourrait, à l'Assemblée nationale, être favorable à cette nouvelle entité car elle permettrait de faire tomber Charles Million, président ex-UDF de Rhône-Alpes: si les conseillers régionaux savoyards et hauts-savoyards venaient à se retirer pour créer leur propre parlement, la gauche serait majoritaire dans ce qui resterait de la région Rhône-Alpes. A Charbonnières d'ailleurs, on ne s'y trompe pas. Selon un lieutenant du président du Conseil régional, Etienne Blanc, «si le projet passait, ce serait la preuve que l'on veut déboulonner Millon par tous les moyens». Dans des milieux plus larges, on pense également que le sort du président, maudit par ses anciens pairs, se joue sur cette question.
En attendant de connaître la position claire des maires – on sait, selon un sondage réalisé par le journal Le Messager avant le dépôt de la proposition de loi, qu'une grande majorité de la population approuve le projet – on peut déjà remarquer une divergence d'opinions entre la Savoie et la Haute-Savoie, cette dernière étant plus favorable au divorce d'avec la région Rhône-Alpes.
A cela plusieurs raisons. Tout d'abord, l'effet d'entraînement des leaders départementaux. Michel Barnier, président du Conseil général de Savoie, désapprouve le projet tandis que son homologue haut-savoyard le soutient. La proximité géographique est également importante, la Savoie étant davantage liée à Lyon et Grenoble que sa voisine. Enfin, assurent Christian Monteil, qui chapeaute les maires de Haute-Savoie, et Jean Blanc, président de la Fédération des maires de Savoie, la volonté de contrebalancer les effets de la Ligue savoisienne, implantée en Haute-Savoie, n'est pas étrangère à ces nuances.
Etonnamment, le clivage entre la droite et la gauche semble peu prononcé sur la question. Même si le projet a été lancé par des élus de droite, Jean-Jacques Queyranne, ancien prétendant socialiste à la présidence du Conseil régional, admet la légitimité du débat.
Les faveurs que l'indépendantiste Patrice Abeille a accordées à la gauche – son mouvement, en acceptant une alliance au Conseil régional, a permis à la gauche d'égaliser ses voix avec celles de la droite, Charles Millon n'assurant son élection à la présidence que grâce aux voix du Front national – ne sont sans doute pas étrangères aux propos de Jean-Jacques Queyranne, actuel ministre de l'Intérieur par intérim. Un ministre qui sera très certainement appelé à donner son point de vue sur la Région Savoie dans le cadre du débat national.
Collaboration: Robert Marmoz