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L'incroyable alphabétisation du monde
DATA. Aujourd'hui, 86 % de la population mondiale est alphabétisée, mais beaucoup ignorent ce progrès. Alors, c'était vraiment mieux avant ?
Par Thomas Mahler
Publié le 10/09/2019 à 16h39
En France, le taux d'analphabétisation est de 1 %, soit le même niveau que tous les pays occidentaux.
Temps de lecture : 3 min
C'est, de toutes les données positives, celle qui réjouit le plus ceux qui pensent que le progrès est une chose concrète. Jusqu'au début du XIXe siècle, l'alphabétisation fut le privilège d'une petite élite. Mais, durant ce siècle, le taux d'alphabétisation doubla, pour être supérieur à 20 % en 1900. Le XXe siècle fit encore bien mieux en quadruplant le taux d'alphabétisation, qui dépassa les 80 % en 2000. En 2016, selon l'Unesco, le taux d'alphabétisation des adultes dans le monde s'élevait à 86 %. Si on se concentre sur les jeunes (entre 15 et 24 ans), c'est encore plus spectaculaire avec 91 %. Cela s'explique par le fait que, dans de nombreux pays du Moyen-Orient ou d'Afrique du Nord, plus de trois quarts des personnes de plus de 65 ans sont analphabètes, preuve des progrès considérables effectués sur une ou deux générations.
Des différences subsistent entre les sexes, avec un taux mondial d'alphabétisation qui est de 90 % pour les hommes contre 83 % pour les femmes. Mais ces écarts sont surtout marqués en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, tandis qu'en Europe ou dans toute l'Amérique, l'égalité règne. Signe encourageant, cet écart de genre se réduit depuis 1990 dans toutes les régions, les taux d'alphabétisation des femmes progressant plus vite que ceux des hommes.
En France, le taux d'analphabétisation est de 1 %, soit le même niveau que tous les pays occidentaux. Il ne faut pas le confondre avec celui de l'illettrisme, qui concerne les personnes scolarisées n'ayant pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l'écriture, du calcul, et qui s'élève à 7 % en France pour la population adulte âgée de 18 à 65 ans.
L'éducation, créatrice de richesse
Comme l'explique le psychologue cognitiviste et professeur à Harvard Steven Pinker dans Le Triomphe des Lumières (Les Arènes), « le développement de l'éducation – et son premier dividende, l'alphabétisation – est le porte-étendard du progrès humain ». En effet, l'éducation est corrélée à une meilleure nutrition ou à la protection des rapports sexuels, qui améliorent les conditions de vie tout en faisant baisser les taux de fécondité. L'éducation s'avère aussi créatrice de richesse. « Dans le monde en développement, une jeune femme ne peut même pas travailler comme domestique si elle est incapable de lire une note ou de compter des provisions, et atteindre les barreaux supérieurs de l'échelle professionnelle exige des capacités toujours plus grandes, notamment la compréhension de domaines techniques. Les premiers pays qui ont réussi, lors de la Grande Évasion, à échapper à la pauvreté universelle au XIXe siècle et les pays qui ont connu la croissance la plus rapide depuis sont ceux qui ont prodigué l'éducation la plus intensive à leurs enfants », écrit Steven Pinker. Et selon différentes études (Rindermann, 2008 ; Teixeira et al, 2013 ; Welzel, 2013), les personnes instruites sont moins racistes, sexistes, xénophobes, homophobes et autoritaires.
Mais comme pour beaucoup de progrès, le niveau d'éducation est totalement sous-estimé, surtout vu de nos nations occidentales. Le regretté médecin et statisticien suédois Hans Rosling, auteur du merveilleux Factfulness (Flammarion), avait interrogé 12 000 personnes dans 14 pays différents pour mesurer le niveau de préjugés négatifs. À la question, « dans les pays à faibles revenus, combien de petites filles finissent l'école primaire ? », les sondés avaient le choix entre trois réponses : 20 %, 40 % ou 60 %. En moyenne, 7 % seulement d'entre eux ont choisi la bonne réponse, à savoir 60 %. Statistiquement, même en ignorant tout de cette question, ils auraient dû être 33 % à cocher la bonne case...