Hebdomadaire Shaarli
Semaine 18 (May 2, 2022)
Si la Commune de Paris est connue dans le monde, il ne faudrait pas oublier les mouvements insurrectionnels et révolutionnaires qui ont touché une grande partie de la France de septembre 1870 à mai 1871.
Le 4 septembre, les Parisiens proclament la République devant l’Hôtel de ville. Les Lyonnais font exactement la même chose, le même jour. Entre septembre et octobre 1870, la République est autoproclamée à Lille, Montereau, Cosne, Vierzon, Saint-Amand, La Charité, Dijon, Chalon-sur-Saône, Mâcon, Voiron, Saint Marcellin, Varilhes, Carcassonne, Bordeaux.
En province, surtout dans le sud, le mouvement révolutionnaire est clairement communaliste, fédéraliste, voire autonomiste, anti-prussien, anti-versaillais et anti-jacobins. Le 18 septembre 1870 une Ligue du Midi est créée par des représentants de treize départements du Sud-Est avec Marseille comme centre. Elle est dirigée par Alphonse Esquiros, administrateur général des Bouches-du-Rhône, Gaston Crémieux, avocat nîmois et André Bastelica, secrétaire de la section de l’AIT (Alliance Internationale des Travailleurs ou 1re Internationale) de Marseille.
Esquiros déclare : "Nous avons envoyé une dépêche au gouvernement pour lui faire savoir que nous considérions comme urgent de donner aux départements du Midi une liberté d’action entière pour l’organisation de la défense nationale". Et pour ne pas froisser directement Paris, il précise : "La République doit rester une et indivisible", mais d’ajouter : "Mais, vu les circonstances, il y a lieu de former une sorte de confédération provisoire qui nous permettrait d’agir de concert" [1]. On retrouve là, le Midi frondeur qui s’était soulevé contre Louis Napoléon Bonaparte en 1851 et qui s’enflammera en 1907 lors de la Commune de Narbonne.
Des insurrections sans lendemain
La ligue du Midi se dote aussi d’un programme politique : impôt sur les riches, confiscation des biens des traîtres, séparation de l’église et de l’État. Mais elle n’aura pas le temps de mettre en œuvre ses réformes.
Le 28 septembre 1870, l’anarchiste russe Bakounine et ses amis de l’AIT prennent l’hôtel de ville de Lyon. Mais des soutiens leur manqueront et le mouvement sera rapidement réprimé par la garde nationale qui n’a pas rejoint les insurgés. À Marseille, le 1er novembre, une Commission révolutionnaire s’installe à la mairie avant d’en être chassée quelques jours plus tard. Le 5 décembre, une tentative insurrectionnelle échoue à Rouen.
Quand Paris proclame la Commune le 18 mars 1871, la province suit. Des Communes sont proclamées à Lyon et Marseille le 23, à Narbonne le 24, au Creusot le 26, ainsi que des révoltes armées à Toulouse le 24, Saint-Étienne le 25, Limoges le 4 avril, La Charité-sur-Loire les 10 et 11 avril, Rouen le 14, Cosne et Saint-Amand le 15, Tullins et Saint-Marcellin le 17, Neuvy le 19, Montargis le 1er mai, Varilhes les 2 et 3, Montereau les 7 et 8, Romans le 22, Voiron et Vienne le 24. Sans oublier des échauffourées à Bordeaux, Limoges, Sens, Albi, Montpellier, Avignon, Toulon, Draguignan, Dijon…
La Commune de Paris va envoyer des émissaires en province, mais ces derniers ne parviendront pas à fédérer le mouvement au niveau national. Charles Amouroux arrive à Lyon le 23 mars 1871, envoie deux délégués à Saint-Étienne et part à Chalabre dans l’Aude. Il repart à Marseille et retrouve deux autres Communards parisiens, Landeck et May. À Lyon, les Parisiens Caulet de Tayac et Dumont proclament la Commune lyonnaise depuis le quartier ouvrier de la Guillotière.
La Commune de Marseille sera la plus longue. Elle début le 23 avril 1871. Gaston Crémieux s’installe à la préfecture à la tête d’une Commission départementale révolutionnaire. Mais les insurgés commettent l’erreur stratégique de ne pas prendre les forts, la gare et la butte de Notre Dame de la Garde. C’est de cette position, ainsi que du fort Saint-Nicolas, que le général réactionnaire Espivent de la Villesboisnet fait tirer sur les insurgés le 4 avril. Les fusiliers marins reprennent les bâtiments sans trouver beaucoup de résistance. 150 Communards marseillais seront fusillés dans les jours suivants.
Le manque de coordination aura été fatal aux Communes de province.
Retours sur une inspection arbitraire
Ou les abus de pouvoir de l'éducation nationale
I – Je suis contractuelle
J'ai postulé au rectorat de l'académie de Toulouse après avoir soutenu mon master d'histoire, en septembre 2015. J'ai alors été reçue afin de travailler en tant que professeur remplaçante, dans les disciplines de lettres, d'histoire, et de géographie, en lycée professionnel. L'entretien a eu lieu un jeudi. Le lundi, on m'envoyait au lycée Guynemer, sans formation aucune, parmi les classes les plus difficiles du lycée.
Durant les trois années qui ont suivi, l'unique lien que le rectorat entretint avec moi fut constitué d'appels réguliers du secrétariat de remplacement pour me proposer des postes. Sans aucune formation à l'horizon, je me suis auto-formée, bon gré, mal gré.
Arriver dans un nouvel établissement en cours de route demande de multiples facultés d'adaptation.
Créer des liens avec les élèves, intégrer l'équipe enseignante, connaître le fonctionnement interne du lycée, se présenter aux différents professionnels travaillant dans l'établissement, reprendre le programme là où il s'est arrêté, avec, parfois, des instructions du professeur absent, d'autres fois, l'absence de contact avec ce dernier.
Tout cela, en ne sachant jamais jusqu'à quel moment notre poste sera renouvelé.
Tout cela, plusieurs fois par an.
Malgré ces difficultés, nous ne sommes pas payés durant les vacances scolaires, les déplacements ne sont pas défrayés, nous ne sommes pas hébergés par l'établissement lorsque nous travaillons loin, nous n'avons pas d'avancées de salaires.
Après Guynemer, j'ai travaillé au lycée Gallieni, à l'heure où les enseignants exerçaient leur droit de retrait, pour protester contre leurs conditions de travail. Puis j'ai accepté un poste de 6h au lycée René Bonnet, car les temps pleins que l'on me proposait étaient situés à plus d'une heure de route de Toulouse.
II – L'épée de Damoclès
Je suis arrivée au lycée René Bonnet le mardi 25 septembre 2018. J'avais un poste de 6h, auprès d'une classe de CAP serveurs-cuisiniers.
Leur capacité de concentration pouvait être réduite lorsqu'ils se retrouvaient pour le cours d'histoire, durant 1h30, en classe entière.
A peine commençais-je à prendre mes marques, et à tenter de nouvelles stratégies pédagogiques afin de résoudre les difficultés de la classe, que je reçus subitement la notification d'une visite-conseil de Mme l'inspectrice. Nous étions alors le vendredi 12 octobre, il était écrit qu'elle allait m'inspecter le mardi suivant, le 16 octobre. C'était la veille des vacances scolaires. J'étais dans l'établissement depuis deux semaines.
N'ayant jamais été préparée à une inspection, n'ayant pas encore eu le temps d'instaurer un climat paisible dans la classe, n'osant pas retenter l'expérience des petits groupes (les fameux îlots), - qui avait été infructueuse la semaine passée -, je changeai en conséquence ma séance au dernier moment, tentant de faire un cours que j'imaginais classique ; sous forme magistrale.
L'inspectrice arriva, accompagnée de la proviseure. Elles s'installèrent dans la classe. Les élèves étaient surpris car ils ignoraient cette visite. Le cours fut bancal. Je n'étais pas à l'aise, les élèves non plus.
Lors de l'entretien qui suivit cette heure curieuse, l'inspectrice me reprocha d'avoir fait un cours trop magistral. Il fallait, à son sens, les mettre en « îlots ». Quant aux supports que j'utilisais pour étayer mon instruction, il ne fallait pas que je suive les indications de la professeure que je remplaçais. Tout ce que je répondis à ce moment là me fut renvoyé, comme des paroles non valables, des justifications hors-propos. Une émotion appartenant à des souvenirs d'école se raviva alors, et j’eus la vile sensation que son évaluation m'infantilisait.
L'inspectrice me prévint alors qu'elle reviendrait afin de vérifier la bonne application de ses conseils et afin, surtout, de me mettre un avis : favorable, ou défavorable.
J'en sortis déstabilisée, une épée de Damoclès sur la tête.
Par la suite, je n'eus de cesse d'angoisser lorsqu'une séance se passait moins bien qu'une autre. Ma confiance en moi fut sérieusement ébranlée, et se détériora de jour en jour, à mesure que le spectre de la seconde inspection se rapprochait. Je continuai mon contrat jusqu'aux vacances de décembre et ne le prolongeai pas par la suite.
III – La sentence finale
Après quelques déboires humains et administratifs – une promesse d'embauche de la part du lycée Gabriel Péri au mois de mars, annulée la veille de la prise de poste par la proviseure, de manière expéditive et sans excuses aucune de sa part, ni de celle du rectorat - je finis par être
affectée à Montauban, au lycée Bourdelle, pour une durée d'une semaine, à partir du 8 avril 2019. La semaine se passe très bien et je découvre avec joie qu'il y a des établissements moins difficiles que d'autres. Je suis prolongée la semaine suivante – veille des vacances scolaires -, et prépare mes classes de première à passer le BEP blanc.
C'est alors que je reçois l'invitation – comprendre : convocation – de Mme la proviseure adjointe, à la rejoindre dans son bureau à la récréation de 16h. Et, - c'est là que l'histoire se répète, avec brio, et avec une pointe d'accélération-, elle m'annonce que je suis de nouveau inspectée, par la même inspectrice, à 8h, le lendemain.
Surprise mais sereine, - car le contexte professionnel est cette fois différent -, je dispense, comme il était prévu, une séance sur les philosophes des lumières et la lutte contre l'injustice. Une fois encore, les élèves n'étaient pas prévenus. Intimidés par cette visite surprise, ils sollicitèrent moins la parole durant la séance. A 9h, je leur donne l'activité d'écriture à effectuer l'heure qui suit, et m'absente quelques instants pour recevoir les retours de Mme l'inspectrice.
Son expertise fut d'une brutalité sans équivoque, et tomba dans l'atmosphère de manière glaçante.
« Le cours était trop magistral, vous ne les mettez pas assez en activité, cela est donc trop fragile. Je vous invite à changer de voie professionnelle. Je mettrai un avis défavorable à votre dossier » Puis, car elle avait « d'autres personnes à visiter », elle se leva, me conseilla de « terminer la semaine tout de même », et s'en alla.
Me laissant seule dans cette pièce vide, seule avec ces trois années difficiles, sans formation, sans reconnaissance, sans accompagnement. Sans rien. Trois années, corvéable à merci. Seule avec mes contrats inhumains, parfois sans contrat du tout, avec un ramassis de droits qui n'en sont pas, avec un statut indécent qui concurrence ceux que l'on trouve dans le privé.
Je restais dans une sidération telle que je dus me mettre en arrêt.
IV - Commentaires
Ma voix devint muette par la violence de ces propos.
Incompréhension, tristesse, colère.
L'accusation, la condamnation personnelle de l'inspectrice fut tranchante, vécue avec effroi, touchant ma dignité et mon intégrité morale.
Il y a quelque chose qui m'échappe et que j'ignore encore. Condamnée pour des raisons obscures.
Le pouvoir règne, et l'inspection détient la possibilité de rompre l'estime, la carrière, les désirs de quelqu'un. En une fraction de temps, sans préavis. En usant de manière brutale des pouvoirs que l'institution lui confère.
L'arbitraire et l'absence de transparence de ce système brillent de mille feux, et m'empêchent désormais d'exercer. Là où certaines personnes, néfastes pour les élèves, car ouvertement racistes, sexistes, ou homophobes, sont protégées par ces mêmes inspecteurs. - (Plusieurs affaires m'ont été rapportées, attestant le comportement délictueux de certains professeurs, dont les inspecteurs avaient connaissances, mais dont la fonction n'a jamais été remise en question.)
L'agression systémique et systématique du monstre s’abat, face à ses employés, face à ses élèves, face à ses parents d'élèves, -certaine mères étant désormais exclues des sorties scolaires en raison de leur appartenance religieuse, selon l'amendement du projet de loi Blanquer adopté le 15 mai dernier par le Sénat - projet de loi surnommé, avec cynisme, « école de la confiance » -.
J'ai baissé les yeux, j'ai baissé la voix. J'ai fermé mes yeux, clôturé mes lèvres. Seule, isolée, précarisée.
Les élèves ont peur des professeurs, les professeurs ont peur des inspecteurs, les inspecteurs ont peur des recteurs, les recteurs ont peur des ministres. Chacun est sous-tutelle de l'autre, et s'en trouve fragilisé, dans son parcours scolaire ou professionnel, évalué au lieu d'être accompagné.
Il est inacceptable qu'une inspection puisse être menée d'un jour à l'autre.
Il est inacceptable qu'un-e enseignant-e contractuel-le se fasse évaluer sur les mêmes bases qu'une personne titulaire, sans n'avoir jamais reçu de formation.
Il est inacceptable qu'on lui demande d'appliquer un modèle standard de pédagogie dans chaque nouvelle classe, dans chaque nouvel établissement, alors que la précarité et la multiplicité des contrats à l'année ne lui permettent pas de développer sereinement des outils pédagogiques différents, surtout dans les classes les plus difficiles.
Le personnel enseignant contractuel ne doit pas subir d'intimidation de la part de la hiérarchie de l'éducation nationale.
J'ai subi, dans cette mauvaise mise en scène, une édifiante leçon de pédagogie. Mais de quelle pédagogie s'agit-il, si ce n'est celle que subissaient nos aïeux à coups de bâtons et de bonnets d’ânes ?
Tout contribue à faire de l'institution scolaire un lieu exempt d'épanouissement : les notes, le système de sanctions/rétributions, l'individualité du travail, l'absence d'analyse de pratiques– N.B : L’école est le seul espace, parmi ceux où les relations humaines sont au cœur du métier, où cet outil n'est pas envisagé, bien qu'il soit indispensable dans les lieux où le relationnel et l'affect constituent des enjeux majeurs -.
Malgré cela, j'avais mis un point d'honneur à valoriser mes élèves. Des élèves qu'on dépeint fréquemment de manière négative, qui ont été souvent dévalorisés, sous-estimés. Ils écrivaient, librement en cours de français, leurs craintes et leurs désirs, leurs angoisses et leurs rêves.
Je ne m'attends pas à ce qu'une machine aussi féroce telle que l'éducation nationale, s'attarde un seul instant sur mon cas. Au contraire. Cet appareil d’État s'engage à répandre, diffuser, et banaliser ce fonctionnement, pour que mon cas n'en soit plus un. Et qu'il devienne la règle.
Ces inspections surprises et répressives traduisent les aspirations de nos gouvernements successifs.
Nous, contractuels de la fonction publique, sommes un échantillon du projet de société qu'ils mènent intensément depuis les années 1980. L'éducation nationale est l'institution dans laquelle l'on trouve le plus de personnes précaires, en France. L'école est devenu le laboratoire de la privatisation par excellence. Dans quel objectif ?
Contractualiser une institution, c'est contrôler la masse salariale.
C'est fabriquer un monde où chacun-e est intérimaire, à la merci d'un pouvoir arbitraire /
Où le personnel tout entier se voit mêlé à un jeu d'alliance et de concurrence pour sauvegarder sa place /
Où se mettre en grève représente un risque trop élevé /
Où chacun subit, isolé, tour à tour, les foudres ou les éloges de la hiérarchie /
Où l'angoisse et la crainte règnent, provoquées par la menace de perdre son emploi.
Sous fond de coupe budgétaire, le nerf de la guerre.
Une belle société, en somme.
V - Épilogue
Le 10 mai 2019, je reçois une lettre. Elle est signée de madame la rectrice, par délégation, par le « secrétaire général empêché » - (sic : empêché de quoi ? De respecter l'être humain se cachant derrière un numéro de matricule, qui a été sciemment et vulgairement marginalisé, jeté dans la fosse du chômage, en toute illégalité?) -. La lettre stipule dans son objet, le « non renouvellement en tant qu'enseignante non titulaire en lettres-histoire-géographie. ». Elle continue : « Suite au rapport d'inspection en date du 16 avril 2019, j’émets un avis défavorable pour la poursuite de vos activités en tant que contractuelle en lettres-histoire-géographie (...) »
Je reste figée : je n'ai jamais reçu de quelconque rapport.
Quant à la dernière phrase du courrier, elle parle d'elle-même, et n'a aucunement besoin d'être commentée. En conséquence, je conclurai sur celle-ci, et vous laisse méditer à son propos :
« Je rappelle que les agents contractuels recrutés par contrat à durée déterminée n'ont pas de droit à voir leur engagement systématiquement reconduit et que les décisions de non-renouvellement n'ont pas à être motivées.»
CQFD.
REFORME EDUCATION NATIONALE. Emmanuel Macron a détaillé les principales mesures de son programme en matière d'éducation, jeudi 17 mars. Le chef de l'État promet "un pacte nouveau" avec les enseignants, un meilleur accompagnement des élèves et une plus grande autonomie pour les équipes pédagogiques.
Sommaire
Une grande concertation avec l'Éducation nationale
Une hausse des salaires sous condition pour les enseignants
Le retour des mathématiques au lycée
Lors de la présentation de son programme, le jeudi 17 mars, à Aubervilliers, Emmanuel Macron a défendu son bilan en matière d'éducation durant son quinquennat. Le candidat à sa propre succession a notamment estimé que les "résultats sont là" pour les réseaux d'éducation prioritaire (REP) et a promis d'intensifier les moyens pour transformer et rénover un système scolaire "cadenassé." "Si je devais résumer notre système, nos enseignants ne se sentent pas reconnus et ils ont raison. Les familles sont confrontées à des problématiques d'absentéisme (…) et les enfants continuent à manquer de confiance." Le chef de l'État espère que les efforts menés au cours de son mandat paieront. "L'investissement se verra dans quelques années", a-t-il affirmé. Après avoir fait le bilan de son quinquennat concernant l'éducation, le candidat LREM à la présidentielle a dévoilé plusieurs propositions issues de son programme.
Une grande réunion avec l'ensemble des acteurs de l'Éducation nationale
C'est la première mesure d'Emmanuel Macron s'il est élu lors de l'élection présidentielle les 10 et 21 avril prochain. "Une large concertation pour discuter de la meilleure manière pour atteindre des objectifs nationaux" au début de son deuxième quinquennat. Cette grande réunion doit permettre "un travail collectif au niveau local, avec l'ensemble des parties prenantes, une concertation de terrain." Parmi les acteurs invités à répondre à l'appel, on retrouve les enseignants, les équipes administratives des établissements, les parents d'élèves, les associations, mais aussi les élus "pour changer de mode de fonctionnement." Une première mesure qui vise à "des formes nouvelles d'organisation" notamment au niveau régional. "Les programmes et les examens demeurent nationaux, mais il faut assumer plus de liberté", a-t-il souligné.
Nouvelles missions et hausse des salaires pour les enseignants
Le grand axe de la politique d'Emmanuel Macron en cas de réélection concerne les enseignants à qui il promet "un pacte nouveau". "Si on laisse les choses comme elles sont aujourd'hui et qu'on se réfugie derrière une égalité de principe qui n'est pas réelle. On ne remplit pas la mission", a-t-il affirmé. Cette volonté du président de la République s'explique notamment par l'absentéisme des enseignants. La Cour des comptes estimait en décembre dernier que ce phénomène "provient du fonctionnement même de l'Éducation nationale", notamment avec une formation continue obligatoire qui empiète sur les heures d'enseignement.
Le chef de l'État souhaite mettre en place un système basé sur le volontariat avec "de nouvelles missions pour les enseignants, de nouveaux moyens de s'engager dans les projets pédagogiques : suivi des élèves, accompagnement, activités périscolaires… " Ainsi, les professeurs qui sont "prêts à s'engager" seront augmentés. "Je suis prêt à dire que les enseignants qui ne souhaitent pas faire ces missions alors ils ne seront pas augmentés dans leur rémunération", a-t-il lâché. Une mesure à double tranchant et qui varie "en fonction du territoire " ou des activités prises en charge par les enseignants. "Je l'assume car ils (les enseignants) ne font pas tous la même chose (…), nous le savons", a-t-il ajouté.
Le programme d'Emmanuel Macron promet plus de liberté aux établissements scolaires. Il faut "valoriser l'expertise de terrain et donner plus de liberté aux équipes pédagogiques, parfois de recruter sur profil." Pour élargir le champ d'actions des directeurs d'établissement, le candidat à la présidentielle souhaite "mettre à disposition les résultats de toutes les évaluations" d'une classe ou d'un établissement. Une façon, selon lui, "de diffuser les bonnes pratiques" dans les autres régions. "On doit pouvoir donner les moyens aux directeurs d'école, à l'équipe pédagogique de mesurer les changements et pas seulement avec la visite de l'inspecteur académique toutes les X années", a-t-il déclaré.
Le retour des mathématiques au lycée
Les mathématiques font leur grand retour. Véritable trou noir de la réforme du baccalauréat, la matière n'est plus obligatoire en lycée général. Le président candidat promet de la réintégrer au tronc commun après avoir constaté la baisse du nombre d'élèves qui choisissent les mathématiques en option. D'autres matières sont également dans le viseur du chef de l'État, notamment l'enseignement de l'éducation physique et sportive au primaire et au collège, qu'il souhaite renforcer, tout comme l'enseignement de l'éducation artistique et culturelle. Le "pass culture" pourrait être appliqué dès le collège. Enfin, l'orientation des élèves interviendra "dès la cinquième permettant de mieux connaître les métiers."
Le travail manque. Je ne pense rien vous apprendre ici. Pourquoi est-ce un problème dans notre société actuelle d'ailleurs ?
C'est un problème financier personnel. Le travail génère du revenu pour les travailleurs. Plus de travail, plus de revenu et donc plus de subsistance.
C'est un problème pour l'état. Moins de travailleurs = plus de chômeurs. Et si le nombre de chômeurs augmente, le montant des prestations sociales aussi.
C'est un problème de société. Plus de chômeurs = plus de personnes stigmatisées. Être au chômage est rarement bien vécu et est considéré dans l'esprit collectif comme une tare (des personnes qui vivent au crochet des autres, qui ne cherchent pas d'emploi, voire des fois qui sont fainéantes).
C'est un problème d'épanouissement personnel. Le chômage place les individus en marge de la société sans moyen de s'épanouir via un travail rémunéré. En effet le but du chômage c'est bien d'en sortir et de chercher du travail, on a déjà vu plus épanouissant.
Si nous y réfléchissons un peu, est-ce que ce manque de travail n'est pas plutôt une bonne nouvelle ?
En quoi est-ce une bonne nouvelle ?
L'Homme a passé les deux derniers siècles à inventer des moyens de rendre ses tâches moins pénibles et contraignantes. Après la révolution industrielle, toutes sortes de machines sont venues remplacer l'Homme dans un grand nombre de secteurs. Vous avez certainement tous en têtes les robots des chaînes de montage industriel ou plus récemment les caisses automatiques dans les supermarchés : plus rapides, plus pratiques, moins coûteux. Le « progrès » en quelque sorte. Si l'on prend un peu de recul, nous avons presque atteint ce dont nos ancêtres n'osaient rêver : s'épargner une grande partie des travaux laborieux et fastidieux (il ne faut pas oublier que la moissonneuse-batteuse ne date que du milieu des années 1900 par exemple).
La bonne nouvelle est que maintenant que nous avons atteint ce stade et que nous continuons à aller dans ce sens : nous n'avons plus qu'à en profiter et à savourer ! Enfin presque ...
Pour en profiter, il va falloir réfléchir
Vouloir s'épargner un travail laborieux et répétitif semblait louable. Le problème vient du fait que personne n'a réellement anticipé une des conséquences inévitables de cela : puisque le revenu (l'argent que chacun d'entre nous gagne) est lié au travail, si nous supprimons le travail, nous supprimons une partie des sources de revenu.
Nous entendons donc partout qu'il faut plus de croissance, car plus de croissance signifie plus d'activité et donc plus de travail. Mais ne marcherions nous pas sur la tête ? La sacro-sainte croissance ne peut être une solution à long terme. Les ressources de notre Terre se tarissent à vitesse grand V, et à un moment produire plus ne sera plus possible. Il faudra forcément « décroître » et trouver autre chose. Alors pourquoi ne pas commencer à chercher maintenant ?
Une solution alternative : le revenu de base
L'idée du revenu de base est de découpler le revenu du travail, tout du moins une partie. Avoir un revenu serait alors un droit, peu importe si la personne effectue un travail salarié. Ce revenu serait inconditionnel et devrait permettre de vivre si l'on ne perçoit que lui. Les personnes seraient alors libre de choisir la manière dont elles souhaitent contribuer et ajouter de la valeur à la société : travail salarié (pour gagner plus que le revenu de base), bénévolat, s'occuper de sa famille (enfants et/ou personnes âgées dépendantes), etc.
Pour moi le déclic est venu d'une vidéo sur youtube qui explique tout cela parfaitement. Rendez service à la société et à vous même, allez la regarder : Revenu de base en version complète 1h35mn.
Si vous êtes atteint d'un des maux du 20 ème siècle le plus commun et que vous aussi vous n'avez pas le temps, voici deux versions plus courtes :
Revenu de base en 45 mn ou encore plus court Revenu de base pour les pressés en 7 mn
L'idée paraît utopique au premier abord, mais plus vous y penserez et vous documenterez dessus, plus elle vous apparaîtra réalisable. Éric explique qu'il a mis deux ans à dépasser ses préjugés dans son article sur le revenu de base. Et vous, combien de temps ça vous prendra ?
Pour finir, voici le site français de référence sur le sujet : http://revenudebase.info.
À vous de jouer maintenant !
Émile Digeon et la Commune de Narbonne
Détails
Catégorie : Les Communes en province
Mis à jour : 31 décembre 2021
On a tendance à considérer la province comme totalement réactionnaire et hostile à la Commune de Paris. Certes, de nombreux notables, représentants du grand capital, sont acquis aux idées légitimistes mais il existe, dans plusieurs régions, d’honnêtes citoyens défenseurs de la République démocratique et sociale.
Émile Digeon (1822-1894) à PalmaIl ne faut pas oublier que le 2 décembre 1851, ce ne sont pas les grandes villes qui s’insurgent contre le coup d’État pour défendre la Constitution violée par le président de la République.
32 départements sont mis en état de siège et des troubles se produisent dans une vingtaine d’entre eux. Si les Basses Alpes est le seul département qui tombe tout entier dans les mains des opposants, l’agitation néanmoins est extrême dans le Sud-Est, le Sud-Ouest et le Centre. L’Aude ne fait pas exception à cette poussée de fièvre révolutionnaire pendant le règne de Napoléon III. Au dernier plébiscite de Badinguet, le 8 mai 1870, Narbonne va répondre par 1917 « Non » contre 1494 « Oui ».
Un homme jouera un rôle prépondérant dans ce département, il se nomme Émile Digeon.
Il est né le 7 décembre 1822 à Limoux (Aude) fils de Joseph, Louis, Étienne, Stanislas Digeon, avocat, et d’Emilie, Elisabeth Barthe, son épouse. Émile Stanislas Digeon affirme, très jeune, ses convictions socialistes et révolutionnaires. Lors du coup d’État du 2 décembre 1851, il sera arrêté ainsi que son père. Rivés à la même chaîne, ils sont déportés en Algérie et soumis au régime des bagnards. Ils réussissent pourtant à s’évader en bateau [1], espérant pouvoir débarquer en Catalogne, mais la tempête les fait échouer aux Baléares. Émile Digeon s’installe à Palma de Majorque où sévit alors une épidémie de choléra. Il participe à la lutte contre ce fléau. La maladie vaincue, le consul de France voulut lui décerner la Légion d’Honneur. Il refusa la décoration, estimant que seul l’évêque de Palma méritait cette récompense pour avoir fait son devoir pendant la terrible maladie alors que son clergé avait pris la fuite et l’avait lâchement abandonné. Cette attitude du libre penseur avéré mérite d’être signalée pour son panache. Digeon père et son fils Émile exercèrent des emplois juridiques et journalistiques à Palma leur assurant un revenu confortable. Le 4 septembre 1853, Emile Digeon épouse Hélène Chaussat, veuve de Basile Canut, lui aussi d’origine française.
Narbonne - Les Barques vers 1870 – Collection particulière ( Blog Patrimonial de la Médiathèque du Grand Narbonne)
Un républicain révolté
Émile Digeon (1822-1894)En janvier 1870, à l’avènement du ministère Émile Ollivier, Émile Digeon rentre en France, profitant des quelques mesures dites « libérales » du nouveau ministre. Il sera rédacteur de La Fraternité de Carcassonne dont son ami Marcou, ancien proscrit, est le rédacteur en chef.
Dans l’Aude, ce sont les divergences idéologiques qui opposent les républicains avancés aux opportunistes de diverses obédiences. Le conflit entre l’équipe Marcou-Digeon et les frères Raynal est représentatif de l’orientation politique du département le 4 septembre 1870.
À Narbonne, après la proclamation de la République, les frères Raynal, anciens exilés, rêvent d’occuper la scène politique. L’aîné, adjoint au Maire, ceint l’écharpe municipale et parcourt la ville suivi par une foule à l’enthousiasme irréfléchi.
Le 5 septembre, Marcou qui exerce les fonctions de préfet, nomme Gayraud maire de Narbonne, et le docteur Fernand Digeon, frère d’Émile, secrétaire général du département de l’Aude. Le 6 septembre, Théodore Raynal prend possession de la sous-préfecture et quelques jours plus tard, il est nommé préfet de l’Aude par le gouvernement provisoire.
Marcou, de son côté, organise la garde nationale pour défendre la patrie et la République. Gambetta exige que Marcou remette ses pouvoirs à son protégé Théodore Raynal et le 13 septembre, ce dernier reprend ses fonctions à la Préfecture malgré les protestations de Marcou dont Gambetta ne se soucie guère. Marcou, contraint de se retirer, en conservera beaucoup d’amertume.
Pendant la période où l’armée prussienne a envahi la France et jusqu’à la capitulation de Paris, le 24 janvier 1871, l’activité politique à Narbonne est concentrée au club Lamourguier (2). Ce temple de la démocratie avancée sera bientôt transformé en club de la Révolution. Au club Lamourguier, Raynal cadet tente de justifier sa conduite trompeuse mais il doit s’éclipser sous les huées d’un public devenu plus clairvoyant et il donne sa démission au préfet.
Le mécontentement des républicains sincères allant grandissant, ils envoient une lettre au citoyen Digeon à Carcassonne pour le prier de se rendre dans le plus bref délai à Narbonne
« afin d’y proclamer la Commune centrale de l’arrondissement avec union au gouvernement de Paris. »
Le 23 mars 1871, à sept heures du soir, Digeon arrive à Narbonne. Le matin du 24, Antoine Raynal, premier adjoint, en l’absence du maire, refuse de convoquer le conseil municipal malgré l’insistance du jardinier Limouzy, lui-même conseiller municipal et principal collaborateur d’Émile Digeon.
Proclamation de la Commune de Narbonne le 30 mars 1871 par Digeon
La Commune de Narbonne
Vers 8 heures du soir de la journée du 24 mars, une foule déchaînée envahit l’Hôtel de Ville. Digeon prend alors la direction des opérations et s’installe avec ses principaux partisans dans la mairie. Il se présente au balcon de l’édifice communal et proclame la constitution de la Commune de Narbonne. Le drapeau rouge remplace le drapeau tricolore.
Pour s’opposer aux insurgés, les autorités versaillaises disposent des 1500 hommes du 52e de ligne placés en position d’attaque sur la place de l’Hôtel de Ville et dans la rue de la Poissonnerie. Les soldats mettent la crosse en l’air, les officiers sont rapidement désarmés et faits prisonniers. Les frères Raynal subissent le même sort. Après avoir pris possession de la sous-préfecture au nom du peuple, le citoyen Nègre, à la tête de 40 gardes, surveille l’édifice. Digeon ordonne au chef de gare et au chef de la station télégraphique de ne reconnaître qu’une seule autorité, celle de la Commune.
L’Hôtel de Ville de Narbonne vers 1900
La journée du 27 mars est assez calme ; des délégués des communes environnantes viennent donner leur adhésion à la Commune de Narbonne et demander des instructions. De son côté, le préfet de l’Aude, M. Trinchant, resté fidèle à Versailles, n’admet pas la nomination de Digeon et se montre insolent à son égard.
Le 28, les insurgés s’emparent de l’Arsenal. Ils font prisonniers les soldats qui le gardent et récupèrent quelques armes et cartouches. Pour empêcher les Versaillais de recevoir des renforts, Digeon fait enlever les rails du chemin de fer dans toutes les directions, sans intervention des gendarmes qui protègent la gare. Mais il est déjà trop tard. Digeon est prévenu de l’arrivée de deux compagnies de Turcos en provenance de Perpignan. Il fait renforcer les postes de défense, mais en vain : les renforts versaillais se poursuivent le 29 et le 30.
La défaite
L’arrivée du préfet et du procureur général est accompagnée par la présence de leurs délégués : Marcou, maire de Carcassonne, Auguste Claron et Isidore Roques, conseillers municipaux de Limoux. Ces derniers sont chargés d’informer les assiégés sur les décisions prises : amnistie générale s’ils évacuent l’Hôtel de Ville avant le commencement des hostilités. Quant au chef de la Commune, il disposera de 24 heures pour passer à l’étranger.
Digeon réunit un conseil de guerre pour délibérer sur cette proposition. Elle est rejetée à l’unanimité moins deux voix. Le général Zentz, vers minuit, fait occuper l’entrée opposée des rues barricadées. Le 31 mars, à 3 heures du matin, un détachement de Turcos se trouve à peu de distance de la barricade de la rue du Pont. Digeon fait doubler les postes de défense. Quelques gardes veulent fraterniser avec les Turcos. Ils sont accueillis par une fusillade qui fait deux morts et trois blessés.
Digeon écrit au général Zentz afin d’obtenir une ambulance pour le transport des blessés. Aucune réponse du commandant des forces de Versailles qui a menacé par affiche de faire bombarder l’Hôtel de Ville.
« Votre conduite dictera la mienne, riposte Digeon. Vous menacez ceux qui se sont levés, en définitive, pour défendre la République contre les entreprises des factions monarchiques de Versailles. »
Le général, exaspéré, donne l’ordre de ne pas épargner l’eau de vie aux Turcos, les autorisant à massacrer « les bandits » de l’Hôtel de Ville. Le procureur général renouvelle sa proposition d’amnistie à tous ceux qui évacueront la mairie avant les hostilités, mais en même temps, il avance dans la rue du Pont accompagné de deux détachements, l’un de soldats du génie, l’autre de Turcos.
La Gare de Narbonne. Vers 1900
Digeon proteste contre la violation des conditions présentées par le délégué du procureur général, le médecin Marty. Il est prêt à se retrancher dans le cabinet du maire quand plusieurs de ses partisans l’emmènent de force dans une maison de la rue du Pont pour le soustraire à la furie des Versaillais. Il refuse de prendre la fuite et écrit au procureur général qu’on peut venir l’arrêter.
Des mandats d’arrêt sont lancés et suivis rapidement d’exécution. Les citoyens impliqués sont enfermés avec des voleurs et Digeon jeté dans un cachot infect. Les interrogatoires commencent rapidement ; ils seront terminés le 23 avril 1871.
Il est intéressant de relater le récit des événements par le capitaine Pérossier de l’armée gouvernementale car il a participé très activement à la répression de la Commune de Narbonne. Il décrit les journées de l’insurrection à sa manière d’ultra-réactionnaire qui se prétend lettré. Il est plein de haine pour « la trahison » de nombreux soldats du 52e de ligne et approuve « la razzia de nos bons Turcos ». Il recevra la légion d’honneur pour sa brillante conduite… Il décrit les faits avec un humour perfide qui n’épargne pas les hommes du 4 septembre 1870, tels que Gambetta et ses partisans, même s’ils sont hostiles à la Commune. Très curieusement, Pérossier, qui deviendra plus tard colonel, sera mainteneur des Jeux Floraux (le mainteneur est un dignitaire des Jeux Floraux de Toulouse).
Les proies
Mais revenons aux détenus de la prison de Narbonne. Enchaînés deux à deux, ils sont conduits à la gare entre deux files de 24 gendarmes appuyées d’une compagnie de Turcos.
Ils ont appris avec stupéfaction qu’ils vont partir pour la prison de Rodez alors qu’ils pensaient être envoyés à Montpellier. La Cour d’assises de l’Aude ayant été dessaisie du jugement de l’affaire pour cause de suspicion légitime, en réalité pour éloigner le plus possible les accusés de leurs témoins à décharge.
Le 13 novembre 1871, les insurgés sont conduits au palais de justice de Rodez. Ils sont accusés d’avoir, à Narbonne, du 24 au 31 mars 1871, fait partie d’une bande armée,
« laquelle a exécuté un attentat ayant pour but de détruire ou de changer le gouvernement, et d’exciter à la guerre civile, en portant les citoyens ou les habitants à s’armer les uns contre les autres…».
Les débats se déroulèrent jusqu’au 18 novembre à 4 heures du soir, sous la présidence de Dellac, conseiller à la cour d’appel de Montpellier. Les principaux accusés étaient Digeon, le chef de l’insurrection, Bouniol, Nègre et Montels. Maître Louis Mie, du barreau de Périgueux, présente la défense de Digeon, mais ce dernier se défendit souvent lui-même, revendiquant hautement la responsabilité de ses actes et exaltant son idéal révolutionnaire.
Au président du tribunal qui conteste à Digeon le droit à l’insurrection, le prévenu riposte :
« Personne ne déteste plus que moi la guerre civile. Mais il est une chose que je déteste plus que la guerre civile, c’est la tyrannie. »
Le président lui reproche alors d’avoir arboré le drapeau rouge. Il répond :
« Le drapeau rouge est mon drapeau depuis que le drapeau tricolore a été souillé à Sedan. »
Le capitaine Blondlat du 52e de ligne déclare :
« Digeon peut être un exalté, mais il est convaincu, honnête, courageux, énergique et, à notre égard, il s’est montré d’une prévenance sans bornes et d’une exquise délicatesse » (le capitaine Blondlat fait allusion aux officiers du 52e pris en otage).
Le réquisitoire de l’avocat général Maître Gourant de la Baume est haineux. Il évoque la menace du spectre rouge pour impressionner le jury qui n’est pas ébranlé par ses propos délirants. Après une heure et demie de délibérations, Émile Digeon et les autres accusés sont acquittés. « Vive la République ! » crie la foule qui stationne devant l’hôtel où Digeon va prendre un repos bien mérité.
Émile Digeon retourna à Mallorca pour retrouver sa femme, régler ses affaires et prendre du recul par rapport aux événements qui ont bouleversé la France et l’Europe. Malgré son absence, les Narbonnais sont restés fidèles à ses traditions humanistes. A la veille de l’amnistie totale de 1880 et grâce à l’appui du conseil municipal de leur ville et du député de l’Aude M. Bonnel, ils finissent par obtenir l’amnistie des condamnés par contumace et des malheureux soldats du 52e de ligne qui pourrissaient dans les bagnes.
Entre 1880 et 1885, sa décision est prise : Digeon revient définitivement en France. Sa femme est restée à Palma et il semble qu’à partir de cette période, l’harmonie du couple soit brisée.
Plaque commémorative de la Commune de Narbonne (Église Notre-Dame de Lamourguier siège du club de la Révolution durant la Commune)
L’anarchiste
Auteur de nombreux articles et brochures sur le mouvement libertaire, Émile Digeon fut un grand ami de Louise Michel et il l’accompagne souvent dans ses réunions. Elle s’était réjouie de sa conversion :
« Brave Digeon, il avait vu tant de choses qu’au retour de Calédonie, nous l’avons trouvé anarchiste, de socialiste autoritaire qu’il avait été, sa grande intégrité lui montrant le pouvoir comme la source de tous les crimes entassés contre les peuples. »
Malade et oublié même par ses amis, Émile Digeon a passé ses dernières années à Trèbes, dans l’Aude. Il y est mort le 24 mars 1894, jour anniversaire de la proclamation de la Commune de Narbonne. Pour ses obsèques, il avait demandé que la seule cérémonie fût la lecture de son testament révolutionnaire.
Jusqu’au bout, il avait mis en garde les travailleurs contre tous ceux qui flattent le peuple pour mieux le duper :
« (…) Au point de vue social, je regarde comme nuisibles à l’humanité tous les individus qui aspirent à gouverner les autres, sous une forme quelconque et surtout ceux qui causent la misère des travailleurs en accaparant les richesses que ces derniers produisent (…) ».
MARCEL CERF
(1) On ne possède pas de renseignements précis sur les conditions exactes de cette évasion qui semble miraculeuse.
(2) Les séances du club se tiennent dans l’église Lamourguier désaffectée (aujourd’hui musée lapidaire). Le 12 mars 1871, Digeon y prend la parole pour réclamer l’armement de la garde nationale et glorifier le drapeau rouge.