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Créer un nouveau monde sans passer par le chaos
D’où vient le vouvoiement (ou le voussoiement) ?
« La distance, c’est la civilisation » dit Charles Consigny, voilà qui donne matière à réfléchir !
Mais venons-en tout de même à ce qui nous occupe, à ce débat, tout sauf anodin, entre partisans du tutoiement et partisans du vouvoiement. D’ailleurs, avant toute chose, faut-il dire vouvoiement ou voussoiement ?
Dans un billet, intitulé « Éloge du vouvoiement », datant de 2013, publié sur le site de l’Académie française, l’écrivain, critique et académicien Frédéric Vitoux considère que les deux se valent. Bien que le terme « voussoiement » soit plus ancien, le terme « vouvoiement » paraît plus euphonique et compréhensible et il est, par ailleurs, lui aussi, d’un usage très ancien. Frédéric Vitoux en profite également pour rappeler que l’invention du vouvoiement est souvent attribuée à l’époque du règne de l’empereur romain Dioclétien qui divisa l’Empire romain entre Orient et Occident, mettant à la tête de chaque un Auguste assisté lui-même d’un César. Ainsi, quand l’un des souverains prenait la parole, il ne le faisait pas qu’en son nom propre, mais aussi au nom des trois autres. Il disait donc « nous » et on lui répondait « vous ». Le médiéviste Philippe Wolff, lui, considère, que le vouvoiement est antérieur, puisqu’il est déjà présent, même si ça n’est que de manière épisodique, dans des lettres de Pline Le Jeune, au I er siècle de notre ère, avant de devenir, de manière systématique cette fois, une politesse obligée à l’époque carolingienne.
Le vouvoiement, une histoire en dents de scie
Bref ! Le vouvoiement a fini par s’imposer dans la langue française comme dans la majorité des langues indo-européennes, à l’exception de l’Anglais moderne qui ne le connaît plus et quelques langues nordiques où il est tombé en désuétude. Le vouvoiement devient même rapidement l’une des manifestations les plus audibles de la politesse qui marque le respect, la fameuse distance dont parle Charles Consigny, la séparation hiérarchique, la séparation générationnelle, la séparation aussi entre ceux que l’on connaît et ceux que l’on rencontre tout juste.
Pourtant l’histoire du vouvoiement, au moins en France, n’a rien de linéaire, bien au contraire ! Dans son ouvrage Dictionnaire nostalgique de la politesse, dont je vous recommande vivement la lecture, Frédéric Rouvillois raconte le rejet, au moment de la Révolution française, des « bonnes manières » imposée par l’Ancien Régime. Le tutoiement devient obligatoire, le vouvoiement interdit. Ceux qui ne respectent pas cette règle apparaissent, dès 1791 et surtout 1792, comme suspects et peuvent être poursuivis, emprisonnés et, pourquoi pas, guillotinés. Du coup, la prudence est de rigueur.
Il faudra attendre Napoléon Bonaparte pour que le vouvoiement soit restauré avec le passage d’une politesse aristocratique décontractée à une politesse bourgeoise beaucoup plus rigide. Mais le vouvoiement a connu d’autres crises. Il a, par exemple, fortement reculé, comme le rappelle Frédéric Vitoux, consécutivement à l’esprit de Mai 68, je le cite, « quand on s’est efforcé de bannir toute hiérarchie, toute barrière entre les individus, leurs âges, leurs fonctions, entre les élèves et les professeurs. » Roland Barthes ne dit pas autre chose, lorsqu’il écrit dans Le Bruissement de la langue : « Il arrive parfois, ruine de Mai, qu’un étudiant tutoie un professeur. C’est là un signe fort, un signe plein, qui renvoie au plus psychologique des signifiés : la volonté de contestation ou de copinage. »
Nostalgie de la politesse
Frédéric Rouvillois l’analyse et l’explique. Dans notre histoire, la politesse connaît des hauts et des bas. Il souligne d’ailleurs qu’après les années 60-70, période de forte contestation où les bonnes manières étaient perçues comme archaïques et ringardes, nous vivons aujourd’hui dans une période plus propice à la politesse. Pour le juriste, il y a un rapport certain entre la crise économique et sociale, la montée du chômage, le sentiment que la vie est de plus en plus difficile et la prise de conscience de l’utilité de la politesse. C’est ce qu’il confiait, il y a deux ans, dans un entretien au FigaroVox. Je le cite : « Quand tout va bien, la politesse est juste la cerise sur le gâteau. Quand les choses deviennent plus difficiles, elle reprend toute sa force et son utilité s'impose. Les gestes quotidiens de la politesse deviennent le liant de ce fameux vivre ensemble. » La messe est dite !
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Pablo Servigne se définit comme collapsologue et chercheur in(Terre)dépendant. Ingénieur agronome et docteur en biologie, il est connu pour avoir écrit avec Raphaël Stevens « Comment tout peut s’effondrer, petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes». Un ouvrage synthétisant les travaux de plusieurs chercheurs, qui envisage très sérieusement l’effondrement de notre civilisation dans un futur proche. Les auteurs y démontrent que le réchauffement climatique, le pic pétrolier, la raréfaction des énergies fossiles, le système financier hors sol, la mondialisation et la consommation sont autant d’ingrédients d’un monde complexe et interconnecté nous exposant à un effondrement systémique mondial. Une première dans l’histoire de l’humanité.
En même temps qu’il prenait conscience que la trajectoire de notre civilisation n’était pas viable, Pablo Servigne s’interrogeait sur le bouleversement que ce message, difficile à accepter, provoquait. Très vite, c’est alors posée la question du comment vivre avec ces mauvaises nouvelles. Les crises à venir vont-elles provoquer la guerre, un monde sans pitié à la Mad Max ? Ou, au contraire, vont-elles faire resurgir l’altruisme et la solidarité ?
Depuis l’écriture de « Comment tout peut s’effondrer », en 2015, Pablo Servigne a co-écrit d’autres ouvrages permettant d’apporter matière à réflexion sur le monde de demain : « Une autre fin du monde est possible » sorti en octobre 2018 et « L’entraide l’autre loi de la jungle » publié en 2017.
C’est pour nous parler de ce dernier ouvrage, que ce chercheur passionné par le thème de l’entraide était invité au salon Marjolaine, vendredi 9 novembre 2018.
Plongée au coeur de l’entraide
Pablo Servigne commence sa conférence en évoquant le buzz de certaines vidéos Yutube où des animaux s’entraident, parfois entre différentes espèces. Puis il ajoute : « Ce qui me fascine c’est de voir qu’on est fasciné par ces vidéos. » Notre imaginaire est plutôt habitué aux images du plus fort qui mange le plus faible. « On parle de la loi de la jungle comme d’un monde sans pitié. Or, avec Gauthier Chapelle, nous avons fait un tour d’horizon des recherches en cours, et nous avons trouvé de l’entraide à de nombreux niveaux ».
Au fil du discours de Pablo Servigne, le public découvre un monde tel que nous ne l’imaginions pas, tout du moins pour le néophyte. La forêt n’est plus un lieu de compétition à la recherche de la lumière, mais un système d’échanges et de coopération où les arbres les plus robustes alimentent en sucres des espèces plus faibles. La coopération avec les bactéries est également primordiale. Il existe des bactéries qui transforment l’azote contenu dans l’atmosphère en nitrates (Ndlr : comprenez engrais par nitrates). Ces mêmes bactéries trouvent refuge dans des racines. « Nous ne disons pas que la compétition n’existe pas, mais que l’altruisme est partout », souligne Pablo Servigne. Et de continuer « C’est merveilleux ce que l’on a découvert, cela a bouleversé notre façon de voir le monde. Depuis 3,8 milliards d’années, l’entraide est partout, tout le temps. »
Et l’être humain dans tout ça ?
« Déjà, le fait de nommer la nature montre que l’on en est séparé », explique Pablo Servigne. Pourtant nos liens aux autres espèces n’est plus à prouver, à commencer par notre interdépendance avec les bactéries. Nous hébergeons 100 000 milliards de micro-organismes sans lesquels nous ne pouvons pas vivre. « Nous sommes notre corps plus les bactéries », précise Pablo Servigne. Parmi les différentes espèces, homo sapiens sapiens est la plus sociable. « L’humain est au stade de l’ultra socialité. Nous sommes devenus sociable car bébé, nous sommes très vulnérables et dépendants d’un clan sans lequel nous ne survivons pas. » La solidarité humaine se glisse partout, même si nous l’avons perdu de vue. La Sécurité Sociale en est une forme, par exemple.
L’entraide dans les catastrophes
Des études ont démontré que le « chacun pour soi » en cas de catastrophe n’était qu’un mythe.
En 2005, lors de l’ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans, le chef de la police a fait croire qu’il y avait des meurtres et des pillages pour favoriser l’envoie de policiers sur les lieux. Plus tard, ce chef de la police a avoué qu’il avait menti et les témoignes ont montré qu’il y avait eu beaucoup de solidarité entre les gens. Le premier réflexe en cas de catastrophe c’est l’entraide. « Les pénuries et les milieux hostiles favoriseraient l’entraide », souligne Pablo Servigne en insistant sur le fait que ceux qui survivent sont ceux qui coopèrent le plus et non le plus fort.
Pourquoi la population a cru le policier ? Parce que nous avons été élevés dans le mythe d’une loi naturelle sans concession où seuls les plus forts survivent.
Un monde de bisounours ?
Pablo Servigne nous décrirait-il un monde bisounours ?
Malheureusement, les êtres peuvent s’entraider pour faire la guerre. Et si l’entraide est le premier réflexe dans une catastrophe, c’est dans un second temps que la violence peut s’installer.
Alors, qu’est-ce qui va déterminer l’émergence de la violence ou de la solidarité ?
Cette question, complexe, n’a pas de réponse figée. Toutefois, le co-auteur de « L’entraide l’autre loi de la jungle » propose des pistes de réflexion notamment sur la puissance des histoires que les êtres humains se racontent sur leur propre destinée.
Il invite à repenser notre façon de voir le monde et les récits que les sociétés se racontent. « Notre imaginaire peut provoquer la violence comme l’entraide. » Dans une culture de l’égoïsme avec comme mythe celui de la loi du plus fort, vous allez vous méfier de votre voisin. Vous allez peut-être construire un mur. Le voisin, vous voyant ainsi agir, va également construire son mur.
Pour Pablo Servigne, il faudrait changer d’imaginaire, se raconter une autre histoire, différente de celle d’un monde compétitif et sans pitié, afin de mieux vivre les tempêtes à venir. « Nous avons deux jambes, celle de l’entraide et celle de la compétition. Le problème, c’est que la première est complètement atrophiée. Il est temps de redevenir compétent en altruisme et solidarité. Il existe trois ingrédients indispensables pour maintenir l’entraide dans un groupe :
– Le sentiment de sécurité ;
– Le sentiment d’égalité et d’équité. L’inégalité est hautement toxique.
– Le sentiment de confiance : L’entraide produit de l’entraide. »
Cette conférence, qui a débuté sur la coopération entre espèces dans une forêt, s’est terminée sur des sujets sociaux comme la toxicité d’une société inégalitaire. A la fin, un auditeur a posé la question suivante : « Et la politique dans tout ça ? Vous n’en parlez pas ? »
« Effectivement, la question politique est centrale dans ce sujet. Ça va venir… », a conclu Pablo Servigne.
Bibliographie
« Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes : de Pablo Servigne et Raphael Stevens. 2015
– « L’entraide l’autre loi de la jungle » de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle. 2017
– « Une autre fin du monde est possible » de Pablo Servigne Gauthier Chapelle et Raphael Stevens. 2018
Dès que l’on parle de « loi du plus fort », ce que nous pouvons initialement avoir en tête c’est le fonctionnement du règne animal dans lequel le plus fort est tout simplement celui qui mange et le plus faible celui qui se fait manger. La « loi » qui établit le plus fort lui donne le droit de dévorer l’autre. Il est fort probable que vous aviez une certaine histoire ou une fable en tête, voire des images des documentaires que vous avez regardé sur le comportement animal et la vie sauvage. Ici la fable de La Fontaine, célèbre pour l’affirmation d’après laquelle « la raison du plus fort est toujours la meilleure » Jean de la fontaine, fables (1668).
Mais est-ce que la raison du plus fort est toujours la meilleure? Imaginez cette situation. Vous arrivez dans un nouveau quartier ou dans un nouveau lycée et le plus costaux (ou plus musclé) cherche à s’imposer face à vous afin que vous lui soyez soumis et obéissant. Quelque part dans son attitude, regard ou paroles il y a une menace, la menace qu’il pourrait vous « emporter » et « dévorer sans autre forme de procès ». Quoi faire? Quelle attitude assumer, quelle posture adopter? Défier, chercher à ne pas se laisser faire? Être carrément téméraire pour ne pas montrer des signes de faiblesse?
La solution à cette énigme n’est pas donnée, surtout si l’on songe à son intégrité physique. Dès que l’on parle du plus fort, alors la question à se poser c’est la suivante : qu’est-ce que la force ? Si la force c’est la capacité d’un individu à s’imposer face à un autre par la force de pression de ses dentiers alors le plus fort c’est le loup. Et c’est ainsi que le montre La Fontaine : la force consiste dans la capacité physique de s’imposer face à autrui.
Mais posons nous la question, qu’est-ce que la force? est-ce le plus fort celui qui s’impose face à autrui? Voyons cela de plus près, car la force peut aussi être une sorte de capacité d’espèce.
Si la force revient à la capacité d’une espèce à se perpétuer, tout comme les tortues que sortant de leurs nids doivent gagner la mer et dont leur survie est déjà calculée dans la perte possible d’individus, alors les plus forts sont les tortues qui arrivent à survivre. L’espèce faible semble le remporter face à l’espèce forte car leur force consiste dans la capacité de l’espèce de calculer les dégâts nécessaires à sa survie.
Mais quelqu’un pourra nous dire que le plus fort est sans doute l’être humain, car il possède l’outil, la capacité de construire des outils afin d’accroître sa force, sa vitesse, sa protection, etc. En fait, les grecs anciens avaient un mythe qui racontait comment l’homme avait eu la technique, c’est-à-dire cette capacité de créer des outils et de allumer le feu.
Dans cette histoire, l’homme reçoit le feu et la technique, ce qui ne va pas seulement finir par équilibrer le désavantage du départ de l’homme face aux griffes d’autres capacités et qualités des animaux, mais cela va surtout le positionner « comme maître et possesseur de la nature » dira Descartes au XVI ème siècle. Ainsi donc le plus fort c’est celui qui possède la technique, la capacité d’inventer des outils afin de surpasser sa faiblesse physique.
Alors, la force c’est donc la technique, donc sa connaissance et sa raison qui lui rendent capable de s’imposer face aux créatures et face aux (certains) phénomènes de la nature. L’homme s’assure une place dominante à la surface de sa planète: l’espèce humaine est donc la plus forte.
Mais pourtant, il semblerait que malgré tout, cet argument de la technique et la raison n’est pas déterminant. L’homme n’est qu’insignifiant.
Ainsi, la supposée supériorité de l’espèce humaine ne serait qu’une fiction. Toute notre technique et notre savoir ne seraient finalement qu’une imitation facile des autres espèces qui nous entourent. Comme le montre déjà la situation pandémique, même un virus pourrait non seulement mettre à mal l’ensemble des activités humaines, mais même nous anéantir.
Alors c’est quoi la force et ce qui le plus fort? Notre question reste en suspens. Quand nous observons également la destruction qui a été rendue possible grâce à notre technique met en question la supposée force (technique) de l’espèce humaine.
Qui est donc le plus fort? Qu’est-ce que la force? La force est-elle vraiment la présentation d’une domination (susceptible même de l’autodestruction)? Fort est celui qui anéanti les autres jusqu’au point de s’anéantir à lui-même?
Afin de résoudre notre question, je vous propose de lire cet extrait. Ici, la force se rapprochera d’une autre notion jusqu’ici inattendue:
Il est juste que ce qui est juste soit suivi. Il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste.
Pascal, Pensées – n° 298, 299
Pour Pascal, la force se rapporte à la justice. Justice et force doivent se mettre ensemble car finalement c’est l’exercice de la justice ce qui rend vraiment fort :
la justice sans force est impuissante et la force sans justice est tyrannique
Pascal
La réflexion de Pascal nous met en lumière au moins deux choses:
Que la véritable force c’est la justice
Qu’il nous faut nous assurer que le juste soit fort et que ce qui est fort soit juste
Nous pourrions dès maintenant comprendre le deuxième point de cette réflexion sur la force comme une possible introduction sur la nécessité des institutions sociales capables d’assurer la justice. Le défi qui ouvre ce rapprochement entre force et justice indique la nécessité d’accorder force à la justice.
le plus fort est celui qui est le plus juste
Et alors c’est quoi la véritable force ? Jusqu’ici nous avons vu que la véritable force c’est la capacité de mettre en place un exercice légitime de la justice. La force n’est pas une question des muscles ni de dentiers. La force n’est pas la vitesse ni la stratégie du calcul rationnel. La véritable force chez l’humain est sa capacité d’agir en justice et de s’ouvrir à la nécessité d’assurer l’exercice de la justice.
Comme le champignon et l'algue forment ensemble le lichen, et que le lichen, à son tour, s'accroche aux rochers et aux troncs, la mésange et la sittelle collaborent également pour se nourrir en forêt et se déplacer en toute sécurité. Selon Michel Leboeuf, biologiste, il est faux de croire que la loi de jungle se résume à la compétition entre espèces. Au micro de Catherine Perrin, il donne d'autres exemples d'entraide profitable entre espèces.
Le rôle de la coopération dans la nature
Dans la nature, “ la survie relève autant des liens qu’on crée avec ses voisins que du fait de croître et de se reproduire ”. — “ Les liaisons de la vie ” (angl.).
L’OCÉAN est calme. Seul le vacarme des oiseaux marins trouble le silence. Leur excitation indique que quelque chose se trame sous l’eau. Soudain, des bulles apparaissent et forment petit à petit un cercle d’écume à la surface. Quelques secondes plus tard, deux immenses silhouettes sombres se dessinent dans les eaux claires, à l’intérieur du cercle. Ce sont deux baleines à bosse qui remontent des profondeurs, la bouche grande ouverte. Arrivées à la surface, elles referment leur mâchoire bordée de fanons, soufflent par leurs évents et replongent.
Ces deux baleines travaillent en équipe pour rassembler le krill, des crustacés qui ont l’aspect des crevettes, dont elles se nourrissent goulûment. Dans une sorte de ballet aquatique, ces mammifères de 40 tonnes plongent sous les crustacés et exécutent un cercle étroit tout en expulsant de l’air par leurs évents. Grâce à cette manœuvre ingénieuse, elles entourent le krill d’un “ filet ” de bulles. Puis elles remontent à la verticale au milieu de leur piège et se régalent de leurs proies.
Dans les plaines d’Afrique, impalas et babouins collaborent souvent. “ Les deux espèces se donnent mutuellement l’alarme ”, lit-on dans la revue Pour la science. Les impalas associent leur excellent odorat à la vue perçante des babouins. Bien rares sont les prédateurs qui parviennent à s’approcher sans être détectés. Une collaboration du même genre existe entre les autruches, qui ont de très bons yeux, et les zèbres, qui ont l’ouïe fine.
Ce ne sont là que quelques-uns des innombrables exemples de coopération dans le monde vivant. En effet, l’entraide existe chez toutes les formes de vie, depuis le micro-organisme jusqu’à l’homme, entre animaux de la même espèce ou d’espèces différentes. Il y a des milliers d’années, le roi Salomon, qui avait étudié la nature, a observé l’humble fourmi. Voici ce qu’il a écrit : “ Va vers la fourmi, paresseux ; considère ses voies et deviens sage. Bien qu’elle n’ait ni commandant, ni préposé, ni chef, elle prépare sa nourriture durant l’été ; elle a amassé ses vivres pendant la moisson. ” — Proverbes 6:6-8.
Les fourmis sont un modèle de coopération, d’assiduité et d’ordre. Elles unissent souvent leurs efforts pour ramener au nid des objets beaucoup plus gros qu’elles. Certaines fourmis aident même des congénères blessés ou épuisés à regagner la fourmilière. Il n’est donc guère étonnant que Salomon nous ait proposé cet insecte comme modèle.
Dans les articles suivants, nous verrons à quel point la coopération est un thème récurrent dans le “ livre de la nature ” et comment elle rend la vie, et notamment la nôtre, possible. Nous verrons également comment les humains ont exploité la planète, l’ont polluée et ont conduit ses créatures au bord de l’extinction. Le Créateur tolérera-t-il cela indéfiniment ?